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L’affaire Baupin: conditions de légitimité de la parole des femmes victimes de violences sexistes et sexuelles dans les médias d’information français

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Charlotte Buisson : Université Paris-Panthéon-Assas

Résumé de la communication

Un an avant l’affaire Weinstein, qui amorce une prise de conscience du caractère systémique des violences sexistes et sexuelles par le champ médiatique et politique, seize femmes dénoncent le harcèlement sexuel et les agressions sexuelles commises par D. Baupin, alors vice-président de l’Assemblée Nationale et élu Europe Écologie – Les Verts. Les révélations sont publiées dans une enquête de presse menée par Mediapart et France Inter. Quatre d’entre-elles y témoignent à visage découvert. Contrairement à ce qui a été observé lors des affaires D. Strauss-Kahn, leur parole n’est pas ou peu discréditée au sein champ politique et médiatique.

Les violences sexistes et sexuelles subies par les femmes en France, et dans le monde, ont toujours fait l’objet de méfiances et de doutes. Ces témoignages exigent de la part des femmes une forte implication et précision dans leur récit afin de dépasser les mythes qui entourent et disqualifient les violences subies. Ces mythes, définis comme « préjugés, stéréotypes ou fausses croyances sur le viol, les victimes de viol et les violeurs qui servent à créer un climat hostile à l’égard des victimes de viol », se basent sur le déni des accusations, la responsabilité de la victime et l’accusation présentée comme une manipulation de l’agresseur par la victime. Dans le sillage de ces travaux, nous mettrons en évidence les facteurs qui ont pesé sur le cadrage – médiatique et politique – légitimant de la parole de celles qui témoignent contre D. Baupin.

Résumé du colloque

L’adhésion d’un électeur, d’un citoyen, d’un consommateur à une politique, à un projet, à un produit est d’abord une question de légitimité. Ces derniers doivent reconnaître en l’auteur de l’entreprise de persuasion le droit à la parole, évaluer comme acceptable l’enjeu ou l’innovation proposés, et souscrire aux univers de croyances et au mode de raisonnement déployés. Constamment renégociée et débattue, cette légitimité est produite dans un contexte de crise de confiance tant envers les élites, les experts que les médias.

Ce colloque interroge ainsi les formes de légitimité émergeant dans ce contexte sous une triple perspective : 1) les acteurs; 2) les objets de débat; 3) les discours.

1. Le passage de l’ombre à une légitimité sociale n’est plus fondé sur la seule reconnaissance institutionnelle, mais prend appui sur de nouvelles sources d’autorité comme l’expérience et la proximité, en lien avec la connaissance intime d’une situation, d’un produit, ou la médiatisation, selon le capital acquis sur les scènes médiatique et numérique. Cette perspective s’intéresse à la construction de la légitimité des acteurs dans l’espace public.

2. En raison de ressources limitées, les promoteurs d’un projet ou d’un produit doivent non seulement défendre la légitimité de leur proposition par rapport à des concurrents, mais aussi contrer les parties prenantes qui la contestent. Dans la suite du point précédent, cette perspective explore les stratégies de légitimation des objets débattus.

3. À la faveur de la multiplication des lieux de débat, les régimes institutionnels de rationalité – logique et scientifique – sont de plus en plus contestés par des régimes alternatifs, fondés sur les émotions, les croyances, les valeurs. Cette perspective aborde les rapports de concurrence pour la légitimation de façons de raisonner ou, à l’inverse, leur délégitimation.

Finalement, le colloque propose de réfléchir sur les enjeux éthiques et de régulation soulevés par ces formes de légitimité.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
Discutant-e- de la session : Alexandre Coutant
section icon Date : 12 mai 2022

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