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Francoise Thibault : France universités
L’informatisation du document et des données scientifiques a profondément transformé les façons de « faire science » et de communiquer sur la science. Plus que d’autres secteurs d’activité, celui des revues scientifiques a connu et continue de connaître des transformations qui, pour bon nombre d’entre elles, ont, dans un premier temps, échappé aux communautés de recherche.
Dès le début des années 2000, des chercheurs, des ingénieurs et des personnels de bibliothèques universitaires se sont mobilisés pour conserver la maîtrise de la communication et ont conçu et déployé des dispositifs sociotechniques d’accès ouvert à la science. Plus que d’autres domaines scientifiques, les SHS ont été le terreau de telles initiatives qui ont su s’imposer nationalement et internationalement (Érudit, revues.org…). Dans cet environnement, la question de la langue scientifique est restée, fort heureusement, une question vive alors qu’elle semblait hors de propos dans la plupart des autres domaines de recherche.
L’organisation de la conférence sur le multilinguisme, organisée en mai prochain dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne pourra-t-elle favoriser une véritable prise en compte de ce sujet ? À quelles conditions peut-on réellement « prendre soin » du développement des revues scientifiques ?
Dans l’écosystème international de la recherche, la communication et le transfert des connaissances très majoritairement en anglais influent sur l’éducation supérieure. Voulant démontrer que la construction d’une pensée scientifique solide et innovante se déploie sur plusieurs piliers, ce colloque vise à renouveler les perspectives d’analyse et d’action afin que l’édition scientifique francophone, au cœur même des institutions du savoir et des carrières universitaires, dispose des ressources essentielles à son développement national et international. Paradoxalement, alors que le français est la langue officielle au Québec et que le Canada a des obligations à son égard, les revues scientifiques francophones constituent l’angle mort du financement de la recherche alors que ces revues constituent un pilier fort de la diffusion de la pensée. Dans un monde de plus de 300 millions de francophones comptant en outre de très nombreux francophiles, il importe que les institutions gouvernementales et les agences subventionnaires s’appuient, par souci de cohérence, sur des réussites déjà enviables pour réviser sérieusement le dossier du financement des revues.
La perte de diversité linguistique, perte de cheminements d’idées, d’intuitions scientifiques et de connaissances collectives, transcende nos frontières. Or, comment répondre à l’ampleur, à la complexité et à l’urgence des enjeux mondiaux (environnementaux, sociaux, politiques, économiques) à travers le prisme d’une seule langue dominante? Nous avons réussi à éviter un tel écueil et à renverser la tendance avec brio et à notre avantage collectif, dans les domaines de la chanson et du cinéma. Ne peut-on déployer quelques ressources pour limiter, voire éviter, l’érosion de la transmission des savoirs scientifiques en français? Le Québec a joué ce rôle pionnier dans l’émergence de la francophonie du savoir. Or, l’excellence de ses productions scientifiques et de leur diffusion internationale en français, où elle dispose déjà d’atouts non négligeables, l’invite à assurer un financement de l’édition scientifique et notamment des revues, indispensable à la diversité de savoirs novateurs.
Titre du colloque :