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Jordan Dupuis : UQAM - Université du Québec à Montréal
Je souhaite présenter une analyse et une réflexion sur l’échec télévisuel de l’émission L’Île de l’amour diffusée à l’automne 2021 sur les ondes de TVA. L’île de l’amour peut être considérée comme un échec pour TVA, notamment à cause de ses faibles cotes d’écoute, mais aussi de sa réception par le public. En tant que chercheur et artisan de l’industrie télévisuelle, j’émets l’hypothèse que le diffuseur TVA et les producteurs n’ont pas su comprendre le public auquel ils s’adressaient et créer une production télévisuelle en adéquation avec cedit public.
En mobilisant un cadre théorique constitué d’études sur la télévision et sa réception (Hall, 1994 ; Dayan, 2000 ; Boullier, 2004 ; Tabary-Bolka, 2006), je tenterai ainsi de répondre à la question « Que s’est-il passé », et donc d’identifier les raisons de cet échec télévisuel. La réflexion portera notamment sur les différences entre l’encodage et le décodage de cette émission, de même que sur les rôles et pouvoirs des publics. Afin de compléter cette analyse, je présenterai les résultats d’un sondage en ligne que j’ai diffusé sur Facebook. Les résultats de cette étude terrain, bien que modeste, a permis de confirmer mon analyse de L’Île de l’amour.
Le système télévisuel connaît d’importantes transformations. La multiplication des plateformes de diffusion permise par le numérique, à laquelle s’ajoutent désormais les services de télévision par contournement (TPC) (plateformes de streaming) a résulté en une offre significativement augmentée de produits et services, contribuant à complexifier une situation déjà marquée par une forte concurrence et la stagnation — sinon le déclin — des revenus publicitaires. C’est dans ce contexte que sont apparus puis se sont multipliés depuis les années 2000 des formats de téléréalité, apparemment conçus comme une réponse des producteurs et des diffuseurs traditionnels aux règles changeantes du jeu.
Au moment où s’est instauré un climat de compétition entre les télédiffuseurs traditionnels et les plateformes numériques sont en effet apparues de nombreuses téléréalités (Star Académie, Loft Story, Occupation double, La voix, Révolution, Big Brother, L’amour est dans le pré, Un souper presque parfait, L’île de l’amour, etc.). Ces formats deviennent fréquemment des franchises extrêmement populaires, adoptées par des chaînes locales partout sur la planète et donnant lieu à certains des plus grands succès de cotes d’écoute des dernières années.
Considérant que les fictions ont longtemps représenté les émissions les plus populaires, l’engouement actuel pour les téléréalités témoigne sans conteste de transformations majeures de l’industrie télévisuelle et de nouveaux choix de programmation à l’ère numérique. Pourtant, les recherches en français s’attardant à ce type d’émission demeurent minoritaires, et aucun colloque sur la téléréalité n’a encore été organisé au Québec. Notre colloque entend donc fournir l’occasion d’analyser en détail le genre télévisuel de la téléréalité, en nous attardant autant aux contenus produits, aux stratégies de production, qu’aux nouveaux modes de consommation et d’accès à la « visibilité » que ceux-ci représentent pour les publics.
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