Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Stéfany Boisvert : UQAM - Université du Québec à Montréal
Afin de contribuer à une meilleure compréhension des représentations de genre médiatisées par la téléréalité au Québec, nous nous pencherons sur les émissions Occupation double (NOOVO, 2017-) et Big Brother Célébrités (NOOVO, 2021-). Une analyse critique des discours, portant tout autant sur le contenu des émissions que sur leurs prolongements transmédiatiques et leur contexte de réception, permettra d’appréhender la téléréalité comme une véritable « technologie de genre » (de Lauretis 1987) servant à la confirmation de normes binaires, mais aussi à leur questionnement.
Tout en reconnaissant la (re)construction du genre qui est à l’œuvre dans ces émissions, l’analyse mettra en lumière les formes de dissidence qui s’y déploient parfois. De plus, il sera montré que les réseaux socionumériques deviennent l’arène d’affrontements importants autour des dynamiques de genre représentées : si de nombreux commentaires de fans relaient des visions cisexistes, antiféministes et grossophobes, ces espaces de discussion en ligne contribuent aussi à la mise en visibilité de nombreuses lectures contre-hégémoniques (Hall 1980), telles que des critiques des « boys clubs » (Delvaux 2019) et des doubles standards de genre favorisés par ces émissions. Ce constat confirme l’importance d’appréhender le contexte de réception comme partie intégrante des dispositifs d’émissions de téléréalité (Weber 2014) et des débats publics concernant les enjeux de genre au 21e siècle.
Le système télévisuel connaît d’importantes transformations. La multiplication des plateformes de diffusion permise par le numérique, à laquelle s’ajoutent désormais les services de télévision par contournement (TPC) (plateformes de streaming) a résulté en une offre significativement augmentée de produits et services, contribuant à complexifier une situation déjà marquée par une forte concurrence et la stagnation — sinon le déclin — des revenus publicitaires. C’est dans ce contexte que sont apparus puis se sont multipliés depuis les années 2000 des formats de téléréalité, apparemment conçus comme une réponse des producteurs et des diffuseurs traditionnels aux règles changeantes du jeu.
Au moment où s’est instauré un climat de compétition entre les télédiffuseurs traditionnels et les plateformes numériques sont en effet apparues de nombreuses téléréalités (Star Académie, Loft Story, Occupation double, La voix, Révolution, Big Brother, L’amour est dans le pré, Un souper presque parfait, L’île de l’amour, etc.). Ces formats deviennent fréquemment des franchises extrêmement populaires, adoptées par des chaînes locales partout sur la planète et donnant lieu à certains des plus grands succès de cotes d’écoute des dernières années.
Considérant que les fictions ont longtemps représenté les émissions les plus populaires, l’engouement actuel pour les téléréalités témoigne sans conteste de transformations majeures de l’industrie télévisuelle et de nouveaux choix de programmation à l’ère numérique. Pourtant, les recherches en français s’attardant à ce type d’émission demeurent minoritaires, et aucun colloque sur la téléréalité n’a encore été organisé au Québec. Notre colloque entend donc fournir l’occasion d’analyser en détail le genre télévisuel de la téléréalité, en nous attardant autant aux contenus produits, aux stratégies de production, qu’aux nouveaux modes de consommation et d’accès à la « visibilité » que ceux-ci représentent pour les publics.
Titre du colloque :
Thème du colloque :