Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Morgane Tocco : Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (France)
Cette contribution propose l’analyse réflexive d’une expérimentation méthodologique menée dans le cadre d’une recherche anthropologique questionnant les regards érotiques de femmes portés sur les corps d’hommes, en France, dans le contexte contemporain. L’objet d’étude pouvant difficilement être étudié par l’observation directe, un dispositif de photographie participative de type photovoice (Wang, Yuan & Feng, 1996) a été adopté, complété d’entretiens ethnographiques (Skinner, 2012). Des appareils photographiques ont été confiés aux enquêtées volontaires qui devaient auto-documenter leurs désirs et plaisirs visuels, en photographiant des hommes jugés séduisants au cours de leur vie quotidienne. L’intérêt de ce dispositif est double : d’une part, il permet aux participantes de développer leur réflexivité sensorielle ; elles en deviennent des informatrices éclairées. D’autre part, la chercheure peut être témoin par procuration des émotions esthétiques, sensuelles et sexuelles ressenties face aux hommes regardés. Néanmoins, l’expérience ne s’est pas déroulée sans difficultés et la moitié des participantes ont abandonné. La communication réfléchira sur les facteurs expliquant ces échecs. L’objectif est de montrer que le geste photographique auto-ethnographique permet de simuler l’expérience visuelle incarnée des enquêtées. La méthode met ainsi en exergue la dimension sociale des émotions érotiques, en révélant des enjeux de pouvoir, de morale et de goûts.
Ce colloque vise à penser les nouvelles méthodologies et les nouvelles écritures susceptibles de rendre compte de la dimension émotionnelle de la vie sociale. Nous proposons ici d’interroger les enjeux méthodologiques et épistémologiques que soulèvent la prise en compte et l’analyse des émotions en sciences sociales. Nous examinerons en particulier comment cette dimension du sensible se pose concrètement dans les recherches (depuis leurs conceptions problématiques et méthodologiques jusqu’à la diffusion des savoirs produits) et ce qu’elle induit sur nos manières de connaître.
Si la prise en considération de nos émotions dans les activités d’enquête est souvent appréhendée comme un enjeu de connaissance, elle semble aussi à l’origine d’un véritable renouvellement de nos méthodologies à travers des expérimentations, de nouvelles formes d’enquête et d’écriture, ouvertes et imaginatives (nouvelles narrations sociologiques, récits audiovisuels ou sonores, récits graphiques, performance, etc.). Nous tenterons ici d’objectiver cette emprise du sensible dans les recherches grâce à l’examen de ses mises en jeu et en forme, tout en interrogeant leurs effets sur le façonnement des sciences sociales.