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Rafael Ziegler : HEC Montréal
Au début des années 1980, J. Kimberly introduisait le concept d’exnovation comme une activité « se produisant quand une organisation se désinvestit d'une innovation dans laquelle elle avait précédemment investi ». Il suggérait que l'exnovation est négligée en raison d'un préjugé favorable à l'innovation (pro-innovation bias), c'est-à-dire que plus il y a d’innovation, mieux c’est. Il avait raison : aujourd'hui encore, beaucoup d’économistes et même les spécialistes dans l’innovation ignorent l’exnovation. Il existe toutefois une littérature de niche émergente sur l’exnovation qui est intéressante pour la philosophie de l'économie et la philosophie politique. Cet article explore donc l'exnovation d'un point de vue philosophique, qui examine la littérature sur l’exnovation autour de trois questions : 1) Ontologie : Qu'est-ce que l'exnovation (et comment est-elle liée à la déstabilisation, discontinuation, et la résiliation (« termination »), mais aussi la routinision) ? 2) Épistémologie : Est-ce qu’une prise en compte symétrique de l'exnovation et de l'innovation est nécessaire en réponse au préjugé favorable à l’innovation ? 3) Éthique : Pourquoi l'exnovation compte-t-elle pour la justice et la durabilité? Quels sont les enjeux éthiques ?
Afin de faire écho au thème du 89e Congrès de l’Acfas, intitulé Sciences, innovations, sociétés, la Société de philosophie du Québec invite ses membres à réfléchir à la complexité et à la richesse des rapports (passés, présents et futurs) entre science, philosophie et société.
Érigées en champs de recherche autonomes, la philosophie et la science se sont développées de concert, nouant à chaque époque des rapports singuliers mais aussi changeants. Dans l’Antiquité, la philosophie s’institue en rupture avec l’opinion et coïncide avec la science en tant que quête de la vérité. À l’époque moderne, l’expression philosophie naturelle évoque encore l’idée selon laquelle la science et la philosophie relèvent d’une même entreprise intellectuelle.
Du tronc commun auquel elles appartenaient jusqu’alors, la physique, la chimie, la biologie et la psychologie s’autonomisent entre le 17e et le 19e siècle. Au 20e siècle, la phénoménologie et la philosophie analytique vont s’engager dans des voies qui opposeront frontalement science et philosophie. Néanmoins, dans le sillage du retour du naturalisme, les rapports entre la philosophie et les sciences empiriques seront une fois de plus appelés à se réinventer. Parfois envisagées comme étant « sur le même bateau », la science et la philosophie ont connu un nouveau rapprochement qui déboucha plus récemment sur l’idée d’une « philosophie expérimentale ».
Alors que la science est appelée à servir de fondement à la décision politique, réfléchir aux configurations qu’ont connues la science et la philosophie dans l’histoire de la pensée philosophique conduit à interroger de nouveau le rôle de la philosophie dans la science et dans la société plus largement. Comment et par quelles voies la philosophie peut-elle contribuer à la science? Inversement, qu’est-ce que la science peut amener à la philosophie, et comment décrire cet apport? Et comment ce dialogue pourrait-il enrichir la contribution de la philosophie aux grands débats de société?
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