Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Zeinab Diab : Université de Montréal
Partant de la prémisse qu’il y a herméneutique là où il y a incompréhension ou double sens, cette communication proposera une herméneutique critique de la loi 21 québécoise et de ses interactions vivantes, notamment observées et documentées durant l’affaire Fatemeh Anvari. Par une herméneutique du soupçon (Ricoeur) et une épistémologie située (Benhadjoudja 2017), une analyse de la Loi sur la laïcité de l’État mettra en perspective une exclusion implicite — devenue explicite — des femmes visiblement musulmanes de l’espace public québécois. Par ce postulat, cette communication révélera qu’il y a au sein même du texte de la loi 21 et du discours médiatique ambiant, une racialisation du religieux (Al-Saji 2008) et une falsification de la laïcité (Baubérot 2012) à des fins partisanes sous-couvert d’un discours progressiste féministe et civilisateur (Razack 2008). Les acteurs, tant politiques que sociaux, qui soutiennent cette loi, sacralisent en fait un texte de loi qui traite de la laïcité telle une religion (Scott 2017), délaissant l’essence des principes fondateurs de la laïcité pour mettre de l’avant une conception du genre racialisée et islamophobe.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui est « normal »? Nous savons que les normes sont mouvantes et qu’elles se transforment avec le temps, au gré des changements sociaux. Dans une perspective durkheimienne1, les normes sociales possèdent un pouvoir coercitif qui se manifeste lorsque les règles sont transgressées. Parallèlement, les normes juridiques changent lorsque des lois sont abrogées, invalidées, ou de nouveaux projets de loi adoptés. Et qui dit « norme » dit également « transgression », et ce colloque s’intéresse à celles qui transgressent ces normes. Nous proposons de nous intéresser à la notion (certes contestée) de déviance2, en mettant l’accent sur les femmes hors normes, sur les dynamiques de marginalisation subies ou assumées.
Les contributions pourront donc aborder la déviance aux normes des femmes dans plusieurs contextes, culturels et historiques et sous plusieurs angles : celui de la religion, du rapport à la loi et à la société (transgression des normes de genre, sexuelles, familiales, raciales), qui eux-mêmes englobent différents axes. Avec pour objectif de questionner les normes, nous identifierons des cas significatifs –– mais trop souvent restés marginalisés, même par la recherche –– de femmes qui dévient des normes. Nous proposons ainsi d’analyser les effets sociaux, juridiques, politiques et personnels de la déviance des femmes et de déceler leurs possibilités d’émancipation et d’empowerment, tout autant que de stigmatisation, de criminalisation et de marginalisation, engendrées par la déviance.
1. Émile Durkheim, « Chapitre I. Qu’est-ce qu’un fait social? », dans Les règles de la méthode sociologique, Paris, PUF, coll. Bibliothèque de philosophie contemporaine, [1894] 1967, pp. 3-14.
2. Voir Mathieu Deflem (réd.), The Handbook of Social Control, Oxford, Wiley Blackwell, 2019 et Howard Saul Becker, Outsiders, Études de sociologie de la déviance, Paris, Éditions Métailié, 1985.
Titre du colloque :
Thème du colloque :