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Loïc Bizeul : Université de Sherbrooke
Dans cette communication, il sera question de la place des femmes dans l’Église catholique, et plus particulièrement des femmes religieuses lesbiennes. Nous essaierons de mieux saisir l’invisibilisation qui est la leur de façon à affiner et renouveler la perception semi-critique d’une institution emblème de la domination masculine. Pour ce faire, notre réflexion se basera sur une analyse de la littérature scientifique, restreinte, sur cette question, néanmoins marquée par les apports de l’épistémologie féministe.
Notre exposé sera aussi l’occasion de réfléchir de façon plus globale sur la place des femmes en Église, en mettant en perspective leur invisibilisation dans une institution où elles sont paradoxalement omniprésentes. Afin de mieux saisir les divers aspects de ce phénomène, nous proposerons une mise en parallèle de la place des femmes religieuses lesbiennes et de celle des prêtres catholiques homosexuels.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui est « normal »? Nous savons que les normes sont mouvantes et qu’elles se transforment avec le temps, au gré des changements sociaux. Dans une perspective durkheimienne1, les normes sociales possèdent un pouvoir coercitif qui se manifeste lorsque les règles sont transgressées. Parallèlement, les normes juridiques changent lorsque des lois sont abrogées, invalidées, ou de nouveaux projets de loi adoptés. Et qui dit « norme » dit également « transgression », et ce colloque s’intéresse à celles qui transgressent ces normes. Nous proposons de nous intéresser à la notion (certes contestée) de déviance2, en mettant l’accent sur les femmes hors normes, sur les dynamiques de marginalisation subies ou assumées.
Les contributions pourront donc aborder la déviance aux normes des femmes dans plusieurs contextes, culturels et historiques et sous plusieurs angles : celui de la religion, du rapport à la loi et à la société (transgression des normes de genre, sexuelles, familiales, raciales), qui eux-mêmes englobent différents axes. Avec pour objectif de questionner les normes, nous identifierons des cas significatifs –– mais trop souvent restés marginalisés, même par la recherche –– de femmes qui dévient des normes. Nous proposons ainsi d’analyser les effets sociaux, juridiques, politiques et personnels de la déviance des femmes et de déceler leurs possibilités d’émancipation et d’empowerment, tout autant que de stigmatisation, de criminalisation et de marginalisation, engendrées par la déviance.
1. Émile Durkheim, « Chapitre I. Qu’est-ce qu’un fait social? », dans Les règles de la méthode sociologique, Paris, PUF, coll. Bibliothèque de philosophie contemporaine, [1894] 1967, pp. 3-14.
2. Voir Mathieu Deflem (réd.), The Handbook of Social Control, Oxford, Wiley Blackwell, 2019 et Howard Saul Becker, Outsiders, Études de sociologie de la déviance, Paris, Éditions Métailié, 1985.
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