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Nathalie Lewis : UQAR - Université du Québec à Rimouski
Si la complexité commence à avoir un sens dans un monde qui prétendait vouloir tout saisir, l’importance d’une science ouverte, inclusive, diversifiée et intersectorielle se confirme. Dans cette quête de connaissance, rien ne se crée ex nihilo et c’est, entre autres, le croisement des regards disciplinaires, des cultures qui aideront à lever un pan de ce voile d’ignorance. Attentive aux enjeux environnementaux, c’est par ce prisme que s’affiche mes questionnements sur ce partage des savoirs et les moyens permettant de rendre tangible cette intersectorialité. L’enjeu est immense, il touche la recherche publique, il touche la culture et l’identité linguistique ; il touche par ailleurs la mise en dialogue de cette science. L’édition scientifique et au premier chef la fabrication – concrète – de celle-ci, permet d’aborder ces enjeux. Une entrée dans un champ spécialisé certes, mais qui gagne en savoir quand elle se croise à la diversité (culturelle, sectorielle, disciplinaire...). Ce colloque veut croiser ces enjeux, souligner les freins à ceux-ci et surtout voir comment rapidement permettre à une édition francophone publique de sauvegarder sa pertinence. Il s’agit d’ouvrir nos œillères au risque, paradoxalement, de nous éloigner d’une connaissance ouverte, inclusive et partagée !
Dans l’écosystème international de la recherche, la communication et le transfert des connaissances très majoritairement en anglais influent sur l’éducation supérieure. Voulant démontrer que la construction d’une pensée scientifique solide et innovante se déploie sur plusieurs piliers, ce colloque vise à renouveler les perspectives d’analyse et d’action afin que l’édition scientifique francophone, au cœur même des institutions du savoir et des carrières universitaires, dispose des ressources essentielles à son développement national et international. Paradoxalement, alors que le français est la langue officielle au Québec et que le Canada a des obligations à son égard, les revues scientifiques francophones constituent l’angle mort du financement de la recherche alors que ces revues constituent un pilier fort de la diffusion de la pensée. Dans un monde de plus de 300 millions de francophones comptant en outre de très nombreux francophiles, il importe que les institutions gouvernementales et les agences subventionnaires s’appuient, par souci de cohérence, sur des réussites déjà enviables pour réviser sérieusement le dossier du financement des revues.
La perte de diversité linguistique, perte de cheminements d’idées, d’intuitions scientifiques et de connaissances collectives, transcende nos frontières. Or, comment répondre à l’ampleur, à la complexité et à l’urgence des enjeux mondiaux (environnementaux, sociaux, politiques, économiques) à travers le prisme d’une seule langue dominante? Nous avons réussi à éviter un tel écueil et à renverser la tendance avec brio et à notre avantage collectif, dans les domaines de la chanson et du cinéma. Ne peut-on déployer quelques ressources pour limiter, voire éviter, l’érosion de la transmission des savoirs scientifiques en français? Le Québec a joué ce rôle pionnier dans l’émergence de la francophonie du savoir. Or, l’excellence de ses productions scientifiques et de leur diffusion internationale en français, où elle dispose déjà d’atouts non négligeables, l’invite à assurer un financement de l’édition scientifique et notamment des revues, indispensable à la diversité de savoirs novateurs.
Titre du colloque :