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Trajectoires de lesbiennes face au contrôle sexuel omniprésent exercé par l’Église catholique, Montréal, années 1950-60

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Line Chamberland

Résumé de la communication

Ma communication propose une relecture des trajectoires religieuses de femmes ayant eu des expériences lesbiennes dans le contexte montréalais des années 1950-60, en rapport avec le contrôle idéologique et politique omniprésent de l’Église catholique. Si la condamnation du lesbianisme comme péché, crime et maladie, faisait alors l’unanimité, les témoignages des narratrices ont fait ressortir l’énormité du poids de la morale sexuelle catholique sur les consciences individuelles et l’étendue panoramique de la surveillance exercée par les divers agents cléricaux. On relève parmi les narratrices deux trajectoires distinctes amorcées dès l’adolescence : une rupture complète avec le religieux, généralement opérée avant l’expérience lesbienne ou accélérée par elle, plus souvent observée dans les années 1950 et chez les narratrices issues de familles traditionalistes ; une autre plus fréquente dans les années 1960 permettant de concilier sexualité et croyances religieuses par la dissociation entre les composantes spirituelles et institutionnelles de la religion qui ouvre la voie à une réinterprétation de sa foi, de son lien avec Dieu, de la notion de péché et ainsi de suite. La conclusion soulève des interrogations sur la généralité de ces parcours croisant lesbianisme et religion ainsi que les conditions sociohistoriques propices à favoriser l’une ou l’autre trajectoire chez les femmes ayant des désirs pour d’autres femmes.

Résumé du colloque

Aujourd’hui, qu’est-ce qui est « normal »? Nous savons que les normes sont mouvantes et qu’elles se transforment avec le temps, au gré des changements sociaux. Dans une perspective durkheimienne1, les normes sociales possèdent un pouvoir coercitif qui se manifeste lorsque les règles sont transgressées. Parallèlement, les normes juridiques changent lorsque des lois sont abrogées, invalidées, ou de nouveaux projets de loi adoptés. Et qui dit « norme » dit également « transgression », et ce colloque s’intéresse à celles qui transgressent ces normes. Nous proposons de nous intéresser à la notion (certes contestée) de déviance2, en mettant l’accent sur les femmes hors normes, sur les dynamiques de marginalisation subies ou assumées.

Les contributions pourront donc aborder la déviance aux normes des femmes dans plusieurs contextes, culturels et historiques et sous plusieurs angles : celui de la religion, du rapport à la loi et à la société (transgression des normes de genre, sexuelles, familiales, raciales), qui eux-mêmes englobent différents axes. Avec pour objectif de questionner les normes, nous identifierons des cas significatifs –– mais trop souvent restés marginalisés, même par la recherche –– de femmes qui dévient des normes. Nous proposons ainsi d’analyser les effets sociaux, juridiques, politiques et personnels de la déviance des femmes et de déceler leurs possibilités d’émancipation et d’empowerment, tout autant que de stigmatisation, de criminalisation et de marginalisation, engendrées par la déviance.

1. Émile Durkheim, « Chapitre I. Qu’est-ce qu’un fait social? », dans Les règles de la méthode sociologique, Paris, PUF, coll. Bibliothèque de philosophie contemporaine, [1894] 1967, pp. 3-14.

2. Voir Mathieu Deflem (réd.), The Handbook of Social Control, Oxford, Wiley Blackwell, 2019 et Howard Saul Becker, Outsiders, Études de sociologie de la déviance, Paris, Éditions Métailié, 1985.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 12 mai 2022

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