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Vanessa Fortier-Jordan : Université de Montréal
Les jeunes trans et non binaire (TNB) d’aujourd’hui représentent la première cohorte générationnelle à pouvoir affirmer leur identité de genre tant légalement que médicalement avant d’avoir atteint l’âge de la majorité. Et malgré une vision de plus en plus inclusive de la transitude par la société québécoise contemporaine, diverses formes de victimisation continuent d’être subies. L’expérience spécifique de jeunes qui sont en processus de débuter ou ont entrepris des traitements médicaux d’affirmation de genre demeure peu connue. Cette communication orale cherche à mieux comprendre l’expérience de soutien social de ces jeunes en examinant différentes formes d’apport et de tensions. S’inscrivant dans un projet canadien plus vaste (Pullen Sansfaçon et al., IRSC 2016- 2019), une analyse de données secondaires examine les récits de 12 jeunes TNB de 13 à 17 ans d’une clinique Montréalaise. L’emploi d’une perspective écosystémique procure une vision globale de leurs expériences où les multiples composantes de leur environnement social sont perçues de façon interactive et intégrée. Les résultats soulèvent la variabilité des parcours, mais aussi la complexité du soutien social offert aux jeunes TNB recevant des soins médicaux d’affirmation de genre. Alors que de multiples formes de soutien sont observées, des tensions tournent aussi autour de normes traditionnelles de genre et exposent des lacunes systémiques nuisibles au bien-être des jeunes.
Depuis une dizaine d’années, les jeunes trans et non-binaires (TNB) sont de plus en plus visibles au Québec, tant dans les médias, les politiques d’organismes qui les desservent que la société civile. En 2016, le Code civil et la Charte des droits et libertés de la personne ont été modifiés, notamment pour permettre aux mineurs trans d’obtenir un changement de la mention de sexe sur l’acte de naissance et protéger explicitement l’identité de genre contre les discriminations. En 2017, c’était au tour du gouvernement fédéral de légiférer en ajoutant des dispositions tant au Code criminel qu’à la Charte canadienne des droits de la personne afin de mieux protéger l’identité et l’expression de genre. Ainsi, les jeunes trans sont non seulement plus visibles, mais aussi mieux protégé‑e‑s légalement. Cela dit, les situations d’exclusion, de violence et de non-reconnaissance perdurent, et les jeunes TNB continuent à vivre des situations d’adversité qui compromettent leur bien-être et leur inclusion; le projet de loi no 2 déposé en novembre dernier par le gouvernement québécois en est un exemple éloquent.
Au-delà des perspectives individualisantes, biologisantes et psychologisantes que l’on trouve dans une large proportion des écrits sur le sujet, il s’avère que ces difficultés, et particulièrement en matière de santé mentale, ne sont pas inévitables. En effet, des stratégies individuelles et collectives sont déployées par les personnes et les communautés concernées pour améliorer leurs conditions de vie, ce qui met en lumière leurs forces et leurs capacités d’autodétermination. À cela s’ajoutent des pratiques innovantes qui émergent des milieux scolaires et d’intervention pour offrir des réponses sociales adaptées aux besoins des jeunes TNB et de leurs familles.
Ce colloque offre l’occasion de croiser les savoirs et faire un état des connaissances pour mieux comprendre les situations vécues par les jeunes TNB et leurs familles pour mieux intervenir. Il vise non seulement à se pencher sur les expériences vécues par les jeunes TNB, mais aussi la manière dont les interactions entre ces jeunes et leur environnement modifient leur expérience, et plus spécifiquement le rôle essentiel que jouent les familles au sein de ces dynamiques. À travers cette activité de diffusion et de réseautage, nous proposons ainsi le développement d’une compréhension globale de l’expérience des jeunes TNB, en prenant en compte l’ensemble des enjeux sociaux, structurels et relationnels auxquels iels font face.
Titre du colloque :