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Lucie Sauvé : UQAM - Université du Québec à Montréal
La dimension socio-culturelle de la recherche doit être reconnue et valorisée comme facteur de richesse et de fécondité de celle-ci. Contribuer à un domaine de recherche en français par exemple, implique de mobiliser des concepts, des représentations, des fenêtres d’interprétation et la référence à des travaux développés dans le creuset de cette langue, ajoutant ainsi à la compréhension des phénomènes. Face à l’attraction de la langue anglaise dans le contexte mondialisation-globalisation actuel et alors qu’on observe une prise de conscience grandissante pour la diversité épistémologique (voire pour la justice épistémique), il importe de soutenir le déploiement de la recherche conçue, menée et rédigée en français, langue de portée internationale. C’est mu par cette préoccupation, que nous avons développé il y a déjà bientôt 25 ans, la revue Éducation relative à l’environnement – Regards, Recherches, Réflexions, seule revue de recherche francophone dans ce domaine. Un tel choix apparaît d’autant plus pertinent que le rapport à l’environnement, tout comme l’acte éducatif, est étroitement marqué par la culture de référence. Toute la trajectoire de cette publication a nécessité le déploiement de stratégies de « survie » dans un contexte où le soutien à la publication de recherche en français est trop rare. De telles stratégies seront décrites et commentées, dans une perspective de transférabilté.
Dans l’écosystème international de la recherche, la communication et le transfert des connaissances très majoritairement en anglais influent sur l’éducation supérieure. Voulant démontrer que la construction d’une pensée scientifique solide et innovante se déploie sur plusieurs piliers, ce colloque vise à renouveler les perspectives d’analyse et d’action afin que l’édition scientifique francophone, au cœur même des institutions du savoir et des carrières universitaires, dispose des ressources essentielles à son développement national et international. Paradoxalement, alors que le français est la langue officielle au Québec et que le Canada a des obligations à son égard, les revues scientifiques francophones constituent l’angle mort du financement de la recherche alors que ces revues constituent un pilier fort de la diffusion de la pensée. Dans un monde de plus de 300 millions de francophones comptant en outre de très nombreux francophiles, il importe que les institutions gouvernementales et les agences subventionnaires s’appuient, par souci de cohérence, sur des réussites déjà enviables pour réviser sérieusement le dossier du financement des revues.
La perte de diversité linguistique, perte de cheminements d’idées, d’intuitions scientifiques et de connaissances collectives, transcende nos frontières. Or, comment répondre à l’ampleur, à la complexité et à l’urgence des enjeux mondiaux (environnementaux, sociaux, politiques, économiques) à travers le prisme d’une seule langue dominante? Nous avons réussi à éviter un tel écueil et à renverser la tendance avec brio et à notre avantage collectif, dans les domaines de la chanson et du cinéma. Ne peut-on déployer quelques ressources pour limiter, voire éviter, l’érosion de la transmission des savoirs scientifiques en français? Le Québec a joué ce rôle pionnier dans l’émergence de la francophonie du savoir. Or, l’excellence de ses productions scientifiques et de leur diffusion internationale en français, où elle dispose déjà d’atouts non négligeables, l’invite à assurer un financement de l’édition scientifique et notamment des revues, indispensable à la diversité de savoirs novateurs.