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Sarah Rocheville : Université de Sherbrooke
« Elle n’avait pas pleuré, ni en apprenant la nouvelle ni à l’enterrement, ni jamais, comme si ça coulait à l’intérieur d’elle-même, silencieusement, la dérobant progressivement au monde dont elle ne percevait plus que les désirs, c’est-à-dire les ordres. » En suivant le circuit de Britt, personnage d’Hélène Lenoir dans Son nom d’avant (Minuit, p. 66, 2001), j’aimerais comprendre le mouvement qui agite parfois une vie humaine, la faisant passer de la soustraction à l’élargissement, dans la mesure où cette action se soumet progressivement à ce que le monde même « ordonne ». Cette ascendance particulière du dehors - ou de la vie même - sur le vécu travaille l’écriture contemporaine, tenant compte que son ambition n’est pas tant de redonner une cohérence au monde, ni de l’interpréter, mais de le montrer tel qu’il est - ou n’est plus. Or, comment faire voir la vie, c’est-dire-une activité organique, inconsciente d’elle-même, sachant que le vécu singulier disparaît ? Britt, le personnage d’Hélène Lenoir, m’accompagnera dans la lecture de deux romans récents au moment de ma communication : celui d’Emmanuel Carrère, Yoga (2020) et celui de Deborah Levy, The Cost of Living (2018).
L’essor spectaculaire de mouvements de l’actualité (#Meetoo et #Blacklivesmatter, #nativelivesmatter) donne l’élan à la réflexion que nous entendons mener dans le cadre de cette journée de recherche en littérature de l’extrême contemporain. Les événements associés à ces mouvements (dénonciations, reconfigurations des dispositifs de pouvoir) irriguent inévitablement l’écriture dans la mesure où la littérature a pour ambition de maintenir en un seul lieu la tension entre fiction et réel. Qu’arrive à montrer la littérature contemporaine de la vie humaine, que fait-elle voir de particulier? Que racontent les auteurs.trices contemporain.es au sujet de la vie humaine? Comment s’y prennent-ils.elles? Notre question reprend des préoccupations communes à la littérature actuelle (depuis 2010) et à la philosophie. De quoi est faite une vie singulière, dans quels dispositifs du temps s’inscrit-elle? De quels espaces a-t-elle le loisir? Quelles sont les interrogations qui la traversent, quelles politiques nourrissent ses conditions matérielles et intellectuelles? Pour répondre à ces interrogations appartenant à l’ensemble des sciences humaines, la littérature se positionne comme un terreau privilégié d’enquête. Car si la littérature déploie un « contenu » ou une « portée morale », elle le fait surtout sans être déterminée par une connaissance particulière, des arguments à défendre ou des jugements édificatoires à transmettre, ce qui constitue son privilège utile. Ce colloque vise à formuler certains enjeux éthiques liés à la vie humaine dans la littérature actuelle, considérant les bouleversements esthétiques et politiques dont nous sommes les témoins depuis 2010.
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