pen icon Colloque
quote

De la migration africaine vers le Nord face à la réalité du terrain, entre mots et maux.

MT

Membre a labase

Mame Demba Thiam : Université Cheikh-Anta-Diop

Résumé de la communication

Les mots, souvent employés pour singulariser à dessein l’émigration africaine au Nord, peuvent être durement ressentis comme des maux par les migrants qui forment une diaspora réduite en nombre comparativement aux ressortissants originaires des autres continents. Le lexique officiel et académique participe à amplifier la perception du mouvement migratoire issu du continent noir en direction du Nord. L’article montre, de manière méthodique, l’importante terminologie employée au Nord par des acteurs en charge des politiques publiques migratoires, du développement et des médias. Ce papier s’intéresse aussi à l’incidence du poids des mots dans les textes relatifs aux actes publics officiels (protocoles, lois et règlementations) renseignées à l’aide des textes juridiques, scientifiques et journalistiques (ONU, OIM).

En Afrique l’expression « exode rural » a la peau dure, même si les spécialistes des questions de déplacement massif l’ont battue en brèche, en notant qu’elle ne correspond pas à l’idée qu’elle véhicule. En changeant d’échelle, on trouve au Nord, dans le langage commun et scientifique, des expressions qui renforcent l’argument précité. En effet, il n’existe pas de vagues migratoires qui sont déclenchées à la suite de crises climatiques pour générer des migrants environnementaux ou des crises démocratiques qui amènent en masse au Nord des réfugiés politiques.

Résumé du colloque

L’Europe traverse une crise migratoire importante et connaîtra probablement dans les 50 prochaines années des vagues migratoires sans précédent venant d’Afrique (Stephen Smith, 2019). Dans l’imaginaire collectif, le contexte africain, avec ses réalités économiques peu performantes et sa croissance démographique, laisse présager des flux massifs de migrants venant de ce continent vers l’eldorado européen. Cette affirmation contraste nettement avec les études récentes postulant un faible taux d’émigration des pays du Sud vers les pays du Nord global comparativement à la migration intraafricaine (Vincent Chetail, 2019). Le volume mondial de la migration Sud-Sud représente presque 40 % du total des migrants (97 millions), soit davantage que le volume des migrations Sud-Nord (89 millions), et seule l’Amérique latine inverse la tendance (Banque mondiale, 2016). Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), les Africains se déplacent en grande partie dans leurs régions respectives (Appiah-Nyamekye Sanny et Rocca, 2018; OIM et UA, 2019). En outre, la migration du Sud vers le Nord prend plus la forme régulière qu’irrégulière (Vincent Chetail, 2019). Les images de bateaux surchargés de migrants désespérés fuyant la guerre ou des conditions économiques désastreuses ne nous sont que trop familières, alors que 94 % de la migration africaine sur les océans prend une forme régulière (OIM, 2019). Certains États qui décrient le phénomène préfèrent se baser sur les idéologies que de se référer aux travaux universitaires (François Gemenne, 2021). Cette distorsion dans les données se reflète dans les politiques migratoires restrictives de l’Union européenne (UE), malgré les nombreuses contributions de chercheurs et d’experts sur cette question postulant indéniablement le peu d’impacts de cette migration Sud-Nord. Afin de mieux contribuer à la mise en place d’une gouvernance mondiale des migrations justes et durables, il faut déconstruire cette trame qui fonde ces contradictions.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 13 mai 2022

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :