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Roxanne Breton : Université de Sherbrooke
Dans la rencontre contemporaine (fusionnelle ?) de la littérature et de l’éthique, la vie ne cesserait de se (trans)former en se stylisant. Elle devient, sous la dénomination désormais consacrée de « formes de vie », un mouvement continu d’individuation au sein duquel se ressaisit –se reconfigure ET se réhabilite– un « monde abîmé » par sa « culture de la déliaison » (Macé, 2011).
L’esthétisation de l’être, dont l’expérience littéraire est le lieu privilégié et la parfaite métonymie, se double ainsi d’une éthique de l’attention aux formes, qui en recueillent –ramassent ET accueillent– les infinies nuances.
Telle pourrait se résumer la thèse de Marielle Macé, dont l’œuvre s’écrit avec notre siècle (première publication en 2004), et qui expose par son approche phénoménologique et pragmatiste de la littérature, un ancrage profond et pluriel dans la pensée contemporaine. La « stylistique de l’existence » de Macé prolonge ainsi des racines dans l’anthropologie de Bruno Latour qui donne son élargissement maximal au concept de « style », dans l’éthique du perfectionnisme de Stanley Cavell qui fait de la littérature une pratique immanente du soi et, finalement, dans la postcritique qui invite à suppléer les insuffisances d’une critique hégémonique et « paranoïaque » (Sedgwick, 2007) en lui préférant une « position amoureuse du monde ».
Il s’agira d’interroger l’idée d’une littérature qui fait de la vie une négociation libre de formes et qui, de même, appelle à leur reconnaissance.
L’essor spectaculaire de mouvements de l’actualité (#Meetoo et #Blacklivesmatter, #nativelivesmatter) donne l’élan à la réflexion que nous entendons mener dans le cadre de cette journée de recherche en littérature de l’extrême contemporain. Les événements associés à ces mouvements (dénonciations, reconfigurations des dispositifs de pouvoir) irriguent inévitablement l’écriture dans la mesure où la littérature a pour ambition de maintenir en un seul lieu la tension entre fiction et réel. Qu’arrive à montrer la littérature contemporaine de la vie humaine, que fait-elle voir de particulier? Que racontent les auteurs.trices contemporain.es au sujet de la vie humaine? Comment s’y prennent-ils.elles? Notre question reprend des préoccupations communes à la littérature actuelle (depuis 2010) et à la philosophie. De quoi est faite une vie singulière, dans quels dispositifs du temps s’inscrit-elle? De quels espaces a-t-elle le loisir? Quelles sont les interrogations qui la traversent, quelles politiques nourrissent ses conditions matérielles et intellectuelles? Pour répondre à ces interrogations appartenant à l’ensemble des sciences humaines, la littérature se positionne comme un terreau privilégié d’enquête. Car si la littérature déploie un « contenu » ou une « portée morale », elle le fait surtout sans être déterminée par une connaissance particulière, des arguments à défendre ou des jugements édificatoires à transmettre, ce qui constitue son privilège utile. Ce colloque vise à formuler certains enjeux éthiques liés à la vie humaine dans la littérature actuelle, considérant les bouleversements esthétiques et politiques dont nous sommes les témoins depuis 2010.
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