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Maria Amália Cunha : Université
Le processus d’écriture d’un mémorial est une sorte de modalité herméneutique de l’approche biographique, car il s’agit d’un exercice d’auto-interprétation. D’un côté, nous nous auto-interprétons; de l’autre, nous cherchons dans le dialogue avec les autres une co-interprétation de notre expérience. Nous concevons le récit de soi dans le cadre temps/espace ricoeurien : qui raconte des expériences passées, à l’aide de la connaissance des faits dans le temps présent, les réélabore par des conjectures avec la pensée orientée vers l’avenir. Ce qui a été ne suscite pas, dans le présent, le même sentiment, ni ne possède la même signification qu’autrefois ; le regard qui remémore les faits de la vie en continuum se compose d’écrans qui façonnent, peu à peu, un personnage en tant qu’invention de soi. L’identité narrative est une dimension constitutive du personnage fabriquée par le narrateur qui élabore sa vie tout en narrant sa propre trajectoire à lui ; et la possibilité même d’émergence d’une telle démarche ressort, enfin, au vécu en tant que dialectique du soi-même, constitutif de l’identité personnelle, et de l’autre, constitutif de l’altérité.
L’essor de l’emploi des histoires de vie en formation (Pineau et Marie-Michèle, 1983) et des récits de vie en sciences sociales et humaines s’inscrit dans une tendance qui participe d’un « tournant narratif » (Denzin, 1989; Goodson et Gill, 2011), voire de l’émergence d’un paradigme du biographique. Depuis déjà une quarantaine d’années, l’usage des récits et des histoires de vie dans les domaines de la recherche et de la formation d’adultes en éducation, les sciences médicales, la santé publique et l’accompagnement dans le contexte du soin s’est multiplié. Non seulement les terrains investis se sont diversifiés, mais les formes des récits proposées et les angles théoriques pour les étudier l’ont été également. Les objets théoriques sont très variés; si l’immigration est un sujet abordé depuis déjà 100 ans (et il est loin d’être épuisé), de nouveaux sujets tels que la vulnérabilité, les situations de handicap ou l’écobiographie se développent. Ce colloque s’adresse à des chercheurs et chercheuses qui emploient différentes formes de récits de vie en sciences de l’éducation, ainsi qu’à des étudiants et étudiantes qui s’y intéressent dans un triple objectif : 1) approfondir leurs approches épistémologiques et leur scientificité; 2) situer leurs terrains; et 3) présenter les démarches méthodologiques articulées avec les perspectives théoriques retenues et partager leurs apports. Il s’agira, à partir de ces travaux, d’interroger selon une perspective sociohistorique et épistémologique le paradigme de la recherche biographique dans le champ des sciences humaines et sociales.
Titre du colloque :