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Philippe Volpé : Université de Moncton
À la faveur d’une bourse du gouvernement du Québec, le jeune père de Sainte-Croix Clément Cormier joint en 1938 la première cohorte d’étudiants de l’École des sciences sociales, politiques et économiques de l’Université Laval sous la direction du père Georges-Henri Lévesque. De ce passage du père Cormier à l’Université Laval découle la consolidation d’une pratique sociologique en Acadie, notamment incarnée par la fondation de l’École des sciences sociales et économiques du Collège Saint-Joseph à Moncton (ESSEM), les tentatives d’établissement d’un centre de recherche à vocation sociologique pour les mouvements d’Action catholique d’Acadie, des relations d’influence, quoique sporadiques, avec le père Lévesque et l’inauguration d’un réseau Acadie-Laval conduisant nombre d’Acadiennes et d’Acadiens à la Faculté des sciences sociales de l’établissement québécois. Par l’étude de l’itinéraire intellectuel et du réseau de sociabilité de certaines de ces étudiantes et de certains de ces étudiants, de même que des activités de l’ESSEM et du secrétariat social qui lui est affilié, nous nous proposons pour cette communication de mener plus avant notre compréhension de l’émergence et des impacts de la sociologie lavalloise en Acadie d’avant les années 1960.
Ce colloque porte sur la pertinence contemporaine et épistémologique de l’approche sociographique, par le détour de l’histoire des idées et de la sociologie de langue française au Québec et au Canada afin d’éclairer son legs et ses traces. Lorsque Jean-Charles Falardeau et Fernand Dumont ont écrit dans le premier numéro de Recherches sociographiques que « notre société [canadienne-française] est peu connue », la solution envisagée se voulait une approche interdisciplinaire, mais ancrée dans une sociologique appliquée, d’abord et avant tout empirique, « au ras du sol », se traduisant par « des monographies très empiriques » ou encore des « articles […] d’un caractère exclusivement descriptif » (Falardeau et Dumont, 1960, 3-5). D’abord surtout promue par le département de sociologie de l’École de Laval, cette approche répondait à un besoin urgent de connaissance des réalités concrètes « pour mieux y intervenir par la suite » (Fortin, 2006), en amont d’une panoplie de phénomènes sociaux en rapide transformation sous l’effet de puissants courants de modernisation, de laïcisation et d’étatisation illustrés par la Révolution tranquille au Québec (Warren, 2003). L’approche a aussi eu des ramifications dans toute la francophonie canadienne, en particulier en Acadie, qui connaissait des changements sociaux comparables (Belliveau et Boily, 2005). Le Québec, l’Acadie et les communautés participant auparavant de la nation canadienne-française se sont grandement transformés depuis. Les connaissances ont aussi évolué, tout comme les courants disciplinaires. Si les sciences sociales de l’époque voulaient « dire la société pour mieux la transformer […afin de] limiter les dégâts du changement social » mariant ainsi scientificité et engagement en s’adressant tant aux autres universitaires qu’aux « hommes d’action » (Fortin, 2006), qu’en est-il aujourd’hui des visées théoriques et pratiques ou des postures et des publics des universitaires participant encore de cette approche?
Titre du colloque :