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Fabrice Fernandez : Université Laval
À partir de l’étude du procès d’une tuerie de masse perpétrée contre une minorité religieuse à Québec, cette communication vise à penser une nouvelle manière de produire un écho aux dimensions politiques des récits d’adversité des survivants et des familles de victimes. Circonscrits au tribunal, leurs témoignages chargés d’affects et d’émotions inscrivent la violence de l’attaque dans un paysage politique empreint de discriminations, de racisme et d’islamophobie. Malgré l’omniprésence, durant les audiences, de ces récits à la portée politique manifeste, nous avançons que la dépolitisation de la tuerie les a rendus inaudibles dans l’espace public. En effet, cette parole sensible au regard de sa dimension contestataire demeure contenue – voire confinée – par des mécanismes de voilement des dissonances interprétatives, émotionnelles, culturelles et sociales. Pour éclairer cette mise sous silence, nous avons travaillé à une forme d’écriture et d’illustration basée sur une ethno/graphie collective. Les images produites dans ce cadre ne visent pas à illustrer le texte scientifique, mais à générer, à travers un dialogue texte/images, de nouvelles façons de rendre compte, par une sorte de résonance sensible, de ce que nous étudions et de ce que nous ressentons sur le terrain. Ce travail ethno/graphique vise à faire circuler, dans l’espace public, un regard sensible sur des expériences et des parcours de vie afin de retrouver la dimension critique et politique de leur mise en récit.
Ce colloque vise à penser les nouvelles méthodologies et les nouvelles écritures susceptibles de rendre compte de la dimension émotionnelle de la vie sociale. Nous proposons ici d’interroger les enjeux méthodologiques et épistémologiques que soulèvent la prise en compte et l’analyse des émotions en sciences sociales. Nous examinerons en particulier comment cette dimension du sensible se pose concrètement dans les recherches (depuis leurs conceptions problématiques et méthodologiques jusqu’à la diffusion des savoirs produits) et ce qu’elle induit sur nos manières de connaître.
Si la prise en considération de nos émotions dans les activités d’enquête est souvent appréhendée comme un enjeu de connaissance, elle semble aussi à l’origine d’un véritable renouvellement de nos méthodologies à travers des expérimentations, de nouvelles formes d’enquête et d’écriture, ouvertes et imaginatives (nouvelles narrations sociologiques, récits audiovisuels ou sonores, récits graphiques, performance, etc.). Nous tenterons ici d’objectiver cette emprise du sensible dans les recherches grâce à l’examen de ses mises en jeu et en forme, tout en interrogeant leurs effets sur le façonnement des sciences sociales.
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