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Femmes djihadistes, femmes doublement déviantes

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Amani Braa : Université de Montréal

Résumé de la communication

A toutes les époques les femmes se sont engagées dans des mouvements radicaux violents, autant durant la Révolution française que dans les mouvements d’extrême gauche ou d’extrême droite, dans des groupes nationalistes ou encore dans des groupes révolutionnaires (Bakker et Leede, 2015). Mais, malgré une présence historique des femmes au sein de mouvements extrémistes violents et d’épisodes de violence politique perpétrés par celles-ci, leur radicalité violente demeure un phénomène marginal en comparaison de celle des hommes (Roy, 2015). Lorsqu'il s'agit de les analyser, le dénominateur commun semble toujours être l'ombre d'un homme qui les aurait entraînées et convaincues dans un tel choix : une femme qui choisit la violence est automatiquement désigné par la société comme déviante. Lorsqu’il s’agit de ces filles qui choisissent de rejoindre des groupes terroristes, il s’agit alors d’une double déviance.

Le phénomène des femmes engagées auprès des groupes djihadistes échappe rarement à la grille de lecture qui tend à interpréter leur radicalisation sous l’angle d’un discours stéréotypé en les présentant comme passives et manipulées par des hommes responsables de leur endoctrinement. Nous avons effectué une recherche auprès des femmes qui ont été directement touchée par le phénomène protagoniste : il s’agit de femmes qui ont été arrêtées, en 2015, à l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal, lorsqu’elles tentaient de rejoindre un groupe djihadiste en Syrie.

Résumé du colloque

Aujourd’hui, qu’est-ce qui est « normal »? Nous savons que les normes sont mouvantes et qu’elles se transforment avec le temps, au gré des changements sociaux. Dans une perspective durkheimienne1, les normes sociales possèdent un pouvoir coercitif qui se manifeste lorsque les règles sont transgressées. Parallèlement, les normes juridiques changent lorsque des lois sont abrogées, invalidées, ou de nouveaux projets de loi adoptés. Et qui dit « norme » dit également « transgression », et ce colloque s’intéresse à celles qui transgressent ces normes. Nous proposons de nous intéresser à la notion (certes contestée) de déviance2, en mettant l’accent sur les femmes hors normes, sur les dynamiques de marginalisation subies ou assumées.

Les contributions pourront donc aborder la déviance aux normes des femmes dans plusieurs contextes, culturels et historiques et sous plusieurs angles : celui de la religion, du rapport à la loi et à la société (transgression des normes de genre, sexuelles, familiales, raciales), qui eux-mêmes englobent différents axes. Avec pour objectif de questionner les normes, nous identifierons des cas significatifs –– mais trop souvent restés marginalisés, même par la recherche –– de femmes qui dévient des normes. Nous proposons ainsi d’analyser les effets sociaux, juridiques, politiques et personnels de la déviance des femmes et de déceler leurs possibilités d’émancipation et d’empowerment, tout autant que de stigmatisation, de criminalisation et de marginalisation, engendrées par la déviance.

1. Émile Durkheim, « Chapitre I. Qu’est-ce qu’un fait social? », dans Les règles de la méthode sociologique, Paris, PUF, coll. Bibliothèque de philosophie contemporaine, [1894] 1967, pp. 3-14.

2. Voir Mathieu Deflem (réd.), The Handbook of Social Control, Oxford, Wiley Blackwell, 2019 et Howard Saul Becker, Outsiders, Études de sociologie de la déviance, Paris, Éditions Métailié, 1985.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 13 mai 2022

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