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Gouvernance, Sécurité et développement au cœur des questions migratoires au Sénégal

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Moussa Samb : Université Cheikh-Anta-Diop

Résumé de la communication

La position géographique fait du Sénégal un carrefour de mobilité et de brassage de populations d’origines diverses. L’établissement des populations du Sénégal s’est opéré progressivement : les processus d’expansion socioéconomique, culturelle, religieuse ou de conquête de pouvoir les ayant insérées dans des bassins géographiques particuliers. Ces dynamiques migratoires ont une longue tradition en Afrique. Avant l’époque coloniale, la sous-région était considérée comme une unité économique où les biens, les services et les personnes circulaient librement. La domination coloniale a fortement contribué à alimenter de nouveaux courants migratoires de grande envergure, notamment entre les régions intérieures et les zones côtières. À l’indépendance, avec la préservation des frontières héritées de la colonisation qui délimitent de vastes ensembles géographiques, on aurait pu s’attendre à une réduction importante des déplacements. Ces frontières sont cependant devenues réelles et certains pays ont tendance à protéger leur territoire et à mener des politiques migratoires protectionnistes. Les migrations se sont progressivement amplifiées depuis les indépendances, constituant ainsi une caractéristique principale de la dynamique régionale et sous régionale des populations et celle du Sénégal en particulier.

Résumé du colloque

L’Europe traverse une crise migratoire importante et connaîtra probablement dans les 50 prochaines années des vagues migratoires sans précédent venant d’Afrique (Stephen Smith, 2019). Dans l’imaginaire collectif, le contexte africain, avec ses réalités économiques peu performantes et sa croissance démographique, laisse présager des flux massifs de migrants venant de ce continent vers l’eldorado européen. Cette affirmation contraste nettement avec les études récentes postulant un faible taux d’émigration des pays du Sud vers les pays du Nord global comparativement à la migration intraafricaine (Vincent Chetail, 2019). Le volume mondial de la migration Sud-Sud représente presque 40 % du total des migrants (97 millions), soit davantage que le volume des migrations Sud-Nord (89 millions), et seule l’Amérique latine inverse la tendance (Banque mondiale, 2016). Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), les Africains se déplacent en grande partie dans leurs régions respectives (Appiah-Nyamekye Sanny et Rocca, 2018; OIM et UA, 2019). En outre, la migration du Sud vers le Nord prend plus la forme régulière qu’irrégulière (Vincent Chetail, 2019). Les images de bateaux surchargés de migrants désespérés fuyant la guerre ou des conditions économiques désastreuses ne nous sont que trop familières, alors que 94 % de la migration africaine sur les océans prend une forme régulière (OIM, 2019). Certains États qui décrient le phénomène préfèrent se baser sur les idéologies que de se référer aux travaux universitaires (François Gemenne, 2021). Cette distorsion dans les données se reflète dans les politiques migratoires restrictives de l’Union européenne (UE), malgré les nombreuses contributions de chercheurs et d’experts sur cette question postulant indéniablement le peu d’impacts de cette migration Sud-Nord. Afin de mieux contribuer à la mise en place d’une gouvernance mondiale des migrations justes et durables, il faut déconstruire cette trame qui fonde ces contradictions.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 13 mai 2022

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