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Georgette Thioune Ndour : Université Cheikh-Anta-Diop
Quelque soit l’intensité des intempéries qui secouent la case, certes fragile, facilement détruite, elle se reconstruit immédiatement car, telle une mère, elle n’accepte jamais de laisser ses enfants intentionnellement exposés aux dangers. Voilà l’analogie que nous empruntons pour montrer en quoi la famille fait partie de ces « certaines réalités africaines, pourtant essentielles dans la régulation d’une mobilité transnationale coordonnée, juste et durable ». En effet, elle n’est jamais neutre dans le phénomène de l’émigration du sud vers le nord. Ainsi donc, « Partir de la famille est une façon de négocier le passage à l’âge adulte et devenir un homme complet. D’où les rites de passage qui crée une mobilisation autour du projet de voyage vécu collectivement ». Le candidat à l’émigration appartient à une famille dont la force de dissuasion et de persuasion est déterminante dans la décision depuis son irruption jusqu’à sa maturation dans l’esprit de l’individu. Et, il faut le dire, la famille africaine comprend entre autres, des personnes du même groupe ethnique et culturel, des amis et connaissances. L’ensemble de ces réseaux est à la fois des sources d’informations et des fournisseurs d’aides et d’appui pour le voyage. Le désir de migrer est alors entretenu par l’imaginaire de la communauté et de la famille.
L’Europe traverse une crise migratoire importante et connaîtra probablement dans les 50 prochaines années des vagues migratoires sans précédent venant d’Afrique (Stephen Smith, 2019). Dans l’imaginaire collectif, le contexte africain, avec ses réalités économiques peu performantes et sa croissance démographique, laisse présager des flux massifs de migrants venant de ce continent vers l’eldorado européen. Cette affirmation contraste nettement avec les études récentes postulant un faible taux d’émigration des pays du Sud vers les pays du Nord global comparativement à la migration intraafricaine (Vincent Chetail, 2019). Le volume mondial de la migration Sud-Sud représente presque 40 % du total des migrants (97 millions), soit davantage que le volume des migrations Sud-Nord (89 millions), et seule l’Amérique latine inverse la tendance (Banque mondiale, 2016). Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), les Africains se déplacent en grande partie dans leurs régions respectives (Appiah-Nyamekye Sanny et Rocca, 2018; OIM et UA, 2019). En outre, la migration du Sud vers le Nord prend plus la forme régulière qu’irrégulière (Vincent Chetail, 2019). Les images de bateaux surchargés de migrants désespérés fuyant la guerre ou des conditions économiques désastreuses ne nous sont que trop familières, alors que 94 % de la migration africaine sur les océans prend une forme régulière (OIM, 2019). Certains États qui décrient le phénomène préfèrent se baser sur les idéologies que de se référer aux travaux universitaires (François Gemenne, 2021). Cette distorsion dans les données se reflète dans les politiques migratoires restrictives de l’Union européenne (UE), malgré les nombreuses contributions de chercheurs et d’experts sur cette question postulant indéniablement le peu d’impacts de cette migration Sud-Nord. Afin de mieux contribuer à la mise en place d’une gouvernance mondiale des migrations justes et durables, il faut déconstruire cette trame qui fonde ces contradictions.
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