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Jean Aristide Bonkoungou : Suisse
La Joconde de l’Union africaine. C’est ainsi, il nous semble, qu’il convient de qualifier la Charte africaine des droits de l’homme et des peules ( Charte ADHP) ,véritable chef d’œuvre juridique , dont la popularité peut, dans le système africain , être comparée à celle de la Joconde parmi les œuvres de Léonard de Vinci. « l’Afrique a toujours été une terre de migration et une terre d’asile » et que « l’hospitalité en Afrique est un devoir, une obligation morale » nous enseigne Kéba Mbaye. Cependant, à de nombreuses reprises, les Etats africains ont présenté et présentent encore parfois, des images assez sombres, du point de vue de cette hospitalité vis-à-vis des étrangers ou migrants . « Les mesures de police administrative enjoignant à une personne de quitter le territoire de l’État où elle se trouve », que l’on conçoit simplement comme étant des expulsions, sont courantes dans la pratique des États africains. Les années 1970 et 1980 ont été des décennies témoins d’expulsions massives d’étrangers de nombreux États africains, ce qui s’est poursuivi même au début de ce millénaire ; les exemples du Gabon, du Nigeria, de la Côte d’Ivoire en sont très illustratifs. Les expulsions arbitraires semblent donc bien ancrées dans la pratique de certains Etats africains qui en feraient une sorte de politique extérieur. Il est donc intéressant de se demander : Comment la Joconde du système africain de protection des droits de l’homme encadre les expulsions arbitraires des migrants ?
L’Europe traverse une crise migratoire importante et connaîtra probablement dans les 50 prochaines années des vagues migratoires sans précédent venant d’Afrique (Stephen Smith, 2019). Dans l’imaginaire collectif, le contexte africain, avec ses réalités économiques peu performantes et sa croissance démographique, laisse présager des flux massifs de migrants venant de ce continent vers l’eldorado européen. Cette affirmation contraste nettement avec les études récentes postulant un faible taux d’émigration des pays du Sud vers les pays du Nord global comparativement à la migration intraafricaine (Vincent Chetail, 2019). Le volume mondial de la migration Sud-Sud représente presque 40 % du total des migrants (97 millions), soit davantage que le volume des migrations Sud-Nord (89 millions), et seule l’Amérique latine inverse la tendance (Banque mondiale, 2016). Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), les Africains se déplacent en grande partie dans leurs régions respectives (Appiah-Nyamekye Sanny et Rocca, 2018; OIM et UA, 2019). En outre, la migration du Sud vers le Nord prend plus la forme régulière qu’irrégulière (Vincent Chetail, 2019). Les images de bateaux surchargés de migrants désespérés fuyant la guerre ou des conditions économiques désastreuses ne nous sont que trop familières, alors que 94 % de la migration africaine sur les océans prend une forme régulière (OIM, 2019). Certains États qui décrient le phénomène préfèrent se baser sur les idéologies que de se référer aux travaux universitaires (François Gemenne, 2021). Cette distorsion dans les données se reflète dans les politiques migratoires restrictives de l’Union européenne (UE), malgré les nombreuses contributions de chercheurs et d’experts sur cette question postulant indéniablement le peu d’impacts de cette migration Sud-Nord. Afin de mieux contribuer à la mise en place d’une gouvernance mondiale des migrations justes et durables, il faut déconstruire cette trame qui fonde ces contradictions.
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