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Pierre Oyono Mvogo : Université EUROMED de Fès
La présente communication s’inscrit dans la continuité de mes travaux de recherche du master en relations internationales portant sur le phénomène migratoire en Afrique. Mon propos portera sur la réappropriation panafricaine du discours migratoire à l’ère des perceptions euro-centriques. En effet, depuis l’avènement de la COVID 19, les restrictions liées aux déplacements des personnes en dehors de leur territoire d’origine se sont accentuées. Le continent africain qui est loin d’être à l’origine de cette pandémie, et qui enregistre le moins de cas n’a pas été épargné par les restrictions. Compte tenu de son passé historique avec l’Europe, la plupart des africains ont tendances à se rendre sur le vieux continent, parfois au péril de leur vie. Cette tendance a accentué les débats autour d’une migration essentiellement sud-nord montrant des africains qui meurent en méditerranée lors de la traversée.
Alors, bien des voix s’élèvent en Afrique pour contredire les discours alarmistes sur la migration africaine, sujet récurrent en raison des naufrages, sauvetages et périples d’embarcations chargées d’africains en méditerranée, que personne en Europe ne veut recevoir. En effet la migration en Afrique est entachée par des débats eurocentriques, excluant la réalité migratoire en Afrique.
L’Europe traverse une crise migratoire importante et connaîtra probablement dans les 50 prochaines années des vagues migratoires sans précédent venant d’Afrique (Stephen Smith, 2019). Dans l’imaginaire collectif, le contexte africain, avec ses réalités économiques peu performantes et sa croissance démographique, laisse présager des flux massifs de migrants venant de ce continent vers l’eldorado européen. Cette affirmation contraste nettement avec les études récentes postulant un faible taux d’émigration des pays du Sud vers les pays du Nord global comparativement à la migration intraafricaine (Vincent Chetail, 2019). Le volume mondial de la migration Sud-Sud représente presque 40 % du total des migrants (97 millions), soit davantage que le volume des migrations Sud-Nord (89 millions), et seule l’Amérique latine inverse la tendance (Banque mondiale, 2016). Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), les Africains se déplacent en grande partie dans leurs régions respectives (Appiah-Nyamekye Sanny et Rocca, 2018; OIM et UA, 2019). En outre, la migration du Sud vers le Nord prend plus la forme régulière qu’irrégulière (Vincent Chetail, 2019). Les images de bateaux surchargés de migrants désespérés fuyant la guerre ou des conditions économiques désastreuses ne nous sont que trop familières, alors que 94 % de la migration africaine sur les océans prend une forme régulière (OIM, 2019). Certains États qui décrient le phénomène préfèrent se baser sur les idéologies que de se référer aux travaux universitaires (François Gemenne, 2021). Cette distorsion dans les données se reflète dans les politiques migratoires restrictives de l’Union européenne (UE), malgré les nombreuses contributions de chercheurs et d’experts sur cette question postulant indéniablement le peu d’impacts de cette migration Sud-Nord. Afin de mieux contribuer à la mise en place d’une gouvernance mondiale des migrations justes et durables, il faut déconstruire cette trame qui fonde ces contradictions.
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