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La sociologie au Québec : de la reine des sciences sociales à un relatif détrônement

JW

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Jean-Philippe Warren : Université Concordia

Résumé de la communication

Sur le modèle des mathématiques en sciences pures ou de la philosophie en humanités, la sociologie a été appelée pendant longtemps la reine des sciences sociales. À tel point que la sociologie était simplement désignée dans plusieurs travaux comme « science sociale », comme le révèle par exemple la fondation de l’École de la science sociale à laquelle a été associé Léon Gérin. Cette relative suprématie de la sociologie a été plus forte au Québec, même si des tentatives ont été faites ailleurs pour fédérer les autres champs des sciences sociales à partir de la sociologie. C’est ainsi que, dans les années 1960, la sociologie occupe au Québec une place cardinale; c’est vers elle qu’on se tourne très souvent pour éclairer les enjeux collectifs (Commission Rioux, Commission Dumont). L’École de Laval est, en quelque sorte, l’expression institutionnelle de cette centralité, avec comme figure de proue un homme qui fut à la fois sociologue, philosophe, théologien et poète. À partir des années 1980 et jusqu’à aujourd’hui, la sociologie est de moins en moins considérée comme la reine des sciences sociales. Dès lors, des questions se posent : Qu’est-ce qui explique la centralité de la sociologie dans la période de l’après-guerre? Comment cette centralité influe-t-elle sur le développement du savoir sociologique? Qu’est-ce qui semble avoir favorisé la relative marginalisation de la sociologie par la suite? Comment cette discipline a-t-elle réagi à sa progressive marginalisation?

Résumé du colloque

Ce colloque porte sur la pertinence contemporaine et épistémologique de l’approche sociographique, par le détour de l’histoire des idées et de la sociologie de langue française au Québec et au Canada afin d’éclairer son legs et ses traces. Lorsque Jean-Charles Falardeau et Fernand Dumont ont écrit dans le premier numéro de Recherches sociographiques que « notre société [canadienne-française] est peu connue », la solution envisagée se voulait une approche interdisciplinaire, mais ancrée dans une sociologique appliquée, d’abord et avant tout empirique, « au ras du sol », se traduisant par « des monographies très empiriques » ou encore des « articles […] d’un caractère exclusivement descriptif » (Falardeau et Dumont, 1960, 3-5). D’abord surtout promue par le département de sociologie de l’École de Laval, cette approche répondait à un besoin urgent de connaissance des réalités concrètes « pour mieux y intervenir par la suite » (Fortin, 2006), en amont d’une panoplie de phénomènes sociaux en rapide transformation sous l’effet de puissants courants de modernisation, de laïcisation et d’étatisation illustrés par la Révolution tranquille au Québec (Warren, 2003). L’approche a aussi eu des ramifications dans toute la francophonie canadienne, en particulier en Acadie, qui connaissait des changements sociaux comparables (Belliveau et Boily, 2005). Le Québec, l’Acadie et les communautés participant auparavant de la nation canadienne-française se sont grandement transformés depuis. Les connaissances ont aussi évolué, tout comme les courants disciplinaires. Si les sciences sociales de l’époque voulaient « dire la société pour mieux la transformer […afin de] limiter les dégâts du changement social » mariant ainsi scientificité et engagement en s’adressant tant aux autres universitaires qu’aux « hommes d’action » (Fortin, 2006), qu’en est-il aujourd’hui des visées théoriques et pratiques ou des postures et des publics des universitaires participant encore de cette approche?

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
Discutant-e- de la session : Jean-Philippe Warren
section icon Date : 13 mai 2022

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