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La trilogie états-unienne d'Andrée-A. Michaud : aux frontières de l'ipséité et de l'altérité

JM

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Jean Morency : Université de Moncton

Résumé de la communication

Dans un entretien accordé au magazine web Milieu hostile, la romancière Andrée-A. Michaud explique que Mirror Lake (2006), Lazy Bird (2010) et Bondrée (2013) forment ce qu’elle nomme sa trilogie états-unienne, « en ce sens que ces trois romans se passent dans des états partageant une frontière avec le Québec ou se situent à la frontière même entre le Québec et les États-Unis ». Elle précise ainsi sa pensée : « Dans les trois cas, j’y aborde la question de la langue, qui nous amène inévitablement à ce qui distingue la culture québécoise de la culture états-unienne, mais aussi aux points communs entre ces deux cultures qui participent d’une nord-américanité qui pour moi est fondamentale ». Le but de cette communication consiste à étudier les particularités de l’usage que fait Michaud des possibilités offertes par le modèle de la fiction exotopique dans sa trilogie états-unienne, en ayant recours notamment à un décor où se brouillent les frontières de l’ipséité et de l’altérité, ainsi qu’à des personnages qui sont caractérisés par une esthétique de l’entre-deux. Il s’agira aussi d’élaborer sur la conception que se fait Michaud de l’américanité, en relation avec celle qui s’impose de plus en plus dans le roman québécois contemporain, où la culture états-unienne est devenue une référence incontournable.

Résumé du colloque

Ce colloque aura pour objet la représentation de l’Ailleurs dans la fiction québécoise (tant anglophone que francophone). La prolifération de fictions exotopiques (qui explorent les pays étrangers) est un phénomène de plus en plus remarqué dont nous chercherons à dégager les enjeux. Au-delà du goût de l’exotisme, que peut impliquer cette migration de l’imaginaire hors du territoire natal? Dans quelle mesure entraîne-t-elle, pour qui écrit, un nouveau contrat passé avec la communauté d’origine, et, du côté de la réception, une redéfinition du concept de « littérature nationale »? Peut-on y lire un signe d’ouverture au monde? Une évasion hors de l’exiguïté identitaire? Un effet de la mondialisation et de l’intensification des flux migratoires?

Par souci de cohérence méthodologique, nous approcherons l’Ailleurs comme espace géopolitique hors des frontières du Canada, en analysant ses représentations et les affects qu’il génère à partir du lieu même comme espace physique (climat, paysages, villes, moyens de transport, habitations, etc.), des habitants (corporalité, sociabilité, sexualité, etc.), des manières de vivre (mœurs, traditions, conditions socio-économiques) et de la langue (incidences sur la communication).

Sur le plan du parcours narratif, trois modèles de base se présentent. Le plus courant correspond aux « fictions de voyage » : pour une raison ou une autre (fuite des origines, goût de l’aventure, amour, profession, tourisme, etc.), un.e protagoniste se rend à l’étranger, expérience qui souvent le.la transforme. D’autres récits mettent en scène des personnages québécois déjà installés ailleurs qu’au Canada : expérience d’immersion où se profile là encore une dialectique entre l’identité natale du sujet et ce que l’Ailleurs lui donne à vivre. Enfin, on trouve aussi des fictions exotopiques qui ne comportent aucun personnage québécois. Dans ce cas, la rupture totale avec le lieu natal demande à être interrogée : où conduit cette dénationalisation du sujet?

L’enquête peut également interroger les relations entre la fiction, le voyage et le tourisme en tant que discours et pratiques culturelles. Peut-on établir une corrélation entre le récit exotopique et le développement du tourisme de masse? Qu’en est-il aussi des « destinations » qu’explorent ces récits? Certains lieux du monde exercent-ils un pouvoir d’interpellation plus fort que d’autres? Comment se dessine la « carte du monde » des fictions québécoises? Dans tous ces cas, les marqueurs de distance, de proximité, d’interpellation, de résistance, d’incompréhension, etc., fourniront les matériaux d’une cartographie de l’imaginaire.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 13 mai 2022

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