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Daphnée Dion-Carrier : Université Laval
En mobilisant la littérature secondaire qui concerne Shoba Mā (1921-2005), villageoise du Bengale oriental devenue femme gourou, cette contribution défendra l’usage d’une méthode en sciences religieuses qui aborde frontalement les moyens que prennent les femmes pour assurer leur avantage dans une perspective religieuse. Le but de cette approche en construction est double : tenter de dénouer certaines tensions entre « femme » et « norme(s) » et élaborer une façon de penser la religion des femmes par et pour elles-mêmes dans un « espace » où elles seraient et construiraient elles-mêmes la norme. En effet, pour parler en termes normatifs, il est nécessaire de désarticuler la femme en une femme vivante et en une femme « virtuelle » qui se construit en rapport au monde et aux autres. Ce faisant, ne parlons-nous pas des femmes de manière périphérique, comme étant nécessairement à comprendre avec l’entourage ? On peut porter notre attention sur Shoba Mā et ses disciples, mais de quelles manières peut-on essayer de faire en sorte qu’elles demeurent les actrices principales ? Cette contribution, centrée sur l’étude de la figure transgressive de Shoba Mā, montrera donc la pertinence d’expliciter l’agir, les actions de la gourou et de ses disciples. Il s’agira alors de fournir un effort de sélection de l’information dans une perspective ethnographique mettant en lumière les femmes en tant qu’actrices principales dans leur contexte religieux.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui est « normal »? Nous savons que les normes sont mouvantes et qu’elles se transforment avec le temps, au gré des changements sociaux. Dans une perspective durkheimienne1, les normes sociales possèdent un pouvoir coercitif qui se manifeste lorsque les règles sont transgressées. Parallèlement, les normes juridiques changent lorsque des lois sont abrogées, invalidées, ou de nouveaux projets de loi adoptés. Et qui dit « norme » dit également « transgression », et ce colloque s’intéresse à celles qui transgressent ces normes. Nous proposons de nous intéresser à la notion (certes contestée) de déviance2, en mettant l’accent sur les femmes hors normes, sur les dynamiques de marginalisation subies ou assumées.
Les contributions pourront donc aborder la déviance aux normes des femmes dans plusieurs contextes, culturels et historiques et sous plusieurs angles : celui de la religion, du rapport à la loi et à la société (transgression des normes de genre, sexuelles, familiales, raciales), qui eux-mêmes englobent différents axes. Avec pour objectif de questionner les normes, nous identifierons des cas significatifs –– mais trop souvent restés marginalisés, même par la recherche –– de femmes qui dévient des normes. Nous proposons ainsi d’analyser les effets sociaux, juridiques, politiques et personnels de la déviance des femmes et de déceler leurs possibilités d’émancipation et d’empowerment, tout autant que de stigmatisation, de criminalisation et de marginalisation, engendrées par la déviance.
1. Émile Durkheim, « Chapitre I. Qu’est-ce qu’un fait social? », dans Les règles de la méthode sociologique, Paris, PUF, coll. Bibliothèque de philosophie contemporaine, [1894] 1967, pp. 3-14.
2. Voir Mathieu Deflem (réd.), The Handbook of Social Control, Oxford, Wiley Blackwell, 2019 et Howard Saul Becker, Outsiders, Études de sociologie de la déviance, Paris, Éditions Métailié, 1985.
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