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Les hijrā : des « femmes » plus que transgressives !

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Mathieu Boisvert

Résumé de la communication

L’objectif premier de cette conférence est de faire valoir l’identité féminine transgressive des membres de la communauté hijrā. Les membres de cette communauté « trans » sud-asiatique arborent tous une identité féminine. Bien que fortement marginalisées et généralement exclues des réseaux familiaux (sasurāl et māyakā) indissociables de l’identité féminine sud-asiatique, les hijrā viennent à reproduire symboliquement ces deux réseaux familiaux afin de recréer la structure sociale qui donne forme, en grande partie, à l’identité féminine sud-asiatique. Parallèlement à ceci, nous remarquons que l’identité hijrā se démarque radicalement de attentes sociales vis-à-vis des femmes indiennes et hindoues. À cette fin, nous examinerons premièrement le concept de strī dharma et, plus particulièrement, sa déclinaison contemporaine au sein d’un univers traditionnel sud-asiatique. Par la suite, nous procéderons à une analyse du gagne-pain traditionnel des membres de la communauté hijrā – travail du sexe / prostitution et bénédictions – et de plusieurs comportements spécifiques aux membres de cette communauté, ce qui nous permettra de faire valoir le caractère antinomique de leur identité.

Résumé du colloque

Aujourd’hui, qu’est-ce qui est « normal »? Nous savons que les normes sont mouvantes et qu’elles se transforment avec le temps, au gré des changements sociaux. Dans une perspective durkheimienne1, les normes sociales possèdent un pouvoir coercitif qui se manifeste lorsque les règles sont transgressées. Parallèlement, les normes juridiques changent lorsque des lois sont abrogées, invalidées, ou de nouveaux projets de loi adoptés. Et qui dit « norme » dit également « transgression », et ce colloque s’intéresse à celles qui transgressent ces normes. Nous proposons de nous intéresser à la notion (certes contestée) de déviance2, en mettant l’accent sur les femmes hors normes, sur les dynamiques de marginalisation subies ou assumées.

Les contributions pourront donc aborder la déviance aux normes des femmes dans plusieurs contextes, culturels et historiques et sous plusieurs angles : celui de la religion, du rapport à la loi et à la société (transgression des normes de genre, sexuelles, familiales, raciales), qui eux-mêmes englobent différents axes. Avec pour objectif de questionner les normes, nous identifierons des cas significatifs –– mais trop souvent restés marginalisés, même par la recherche –– de femmes qui dévient des normes. Nous proposons ainsi d’analyser les effets sociaux, juridiques, politiques et personnels de la déviance des femmes et de déceler leurs possibilités d’émancipation et d’empowerment, tout autant que de stigmatisation, de criminalisation et de marginalisation, engendrées par la déviance.

1. Émile Durkheim, « Chapitre I. Qu’est-ce qu’un fait social? », dans Les règles de la méthode sociologique, Paris, PUF, coll. Bibliothèque de philosophie contemporaine, [1894] 1967, pp. 3-14.

2. Voir Mathieu Deflem (réd.), The Handbook of Social Control, Oxford, Wiley Blackwell, 2019 et Howard Saul Becker, Outsiders, Études de sociologie de la déviance, Paris, Éditions Métailié, 1985.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 13 mai 2022

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