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Claudia Laviolette : Université Laval
Cette présentation traite de la mise en scène des protéines alternatives sur Instagram. Elle se base sur une approche par les pratiques sociales pour analyser la manière dont les différents acteurs présents sur les médias sociaux tentent de transformer les habitudes alimentaires des consommateurs. La théorie des pratiques postule que ces dernières existent au point de rencontre de trois éléments, à savoir les significations, les compétences et les matérialités (Shove et Pantzar, 2005). Méthodologiquement, nous déployons une approche inspirée de la sémiotique sociale et qui tient compte de l’aspect multimodal des communications sur Instagram pour décoder un corpus de 807 publications composées d’images et de vidéos, de textes descriptifs et de mots-dièse. Nous démontrons la propension des acteurs à lier, symboliquement, leur produit à la thématique de l’alimentation saine et respectueuse de l’environnement et des animaux, tout en mobilisant le vocabulaire et l’imagerie du soin porté à soi-même, à l’entourage proche ainsi qu’aux «autres» distants. Les éléments matériels sont souvent un support pour véhiculer des émotions ou établir le contexte de consommation du produit présenté. Finalement, la transmission de compétences culinaires domine au sein du corpus. La manière dont ces compétences sont présentées sur Instagram, de la food porn (visuelle) aux recettes détaillées (textuelles), démontre la pertinence d’une analyse multimodale de ce type de publications.
La communication alimentaire est omniprésente dans le paysage médiatique. Sa place dans les médias traditionnels est de plus en plus au premier plan. Outre les émissions culinaires phares diffusées par les chaînes généralistes, des stations de télévision sont entièrement consacrées à la communication culinaire. Les livres de cuisine constituent l’un des secteurs les plus dynamiques de l’édition francophone, sans compter les magazines culinaires qui, malgré la crise des médias imprimés, se multiplient à proximité des caisses d’épicerie.
Les médias numériques n’échappent pas à l’ubiquité de la communication alimentaire. On y trouve de tout et son contraire. La diffusion des contenus qui y sont publiés est amplifiée par le recours aux médias sociaux, y compris les blogues de nutritionnistes et d’influenceuses ou influenceurs non professionnels. Instagram constitue notamment un média social de choix pour le partage de photographies d’aliments, à des fins personnelles ou publicitaires. Les sites de notation comme TripAdvisor s’ajoutent aux guides gastronomiques.
La multiplication des sources d’information et des contenus sur les aliments bouleverse les conceptions populaires du « bien manger ». Comment s’est développée cette fascination pour la culture culinaire non seulement dans les médias, mais aussi dans les musées, la littérature, les arts, etc.? Quelle place prennent respectivement le plaisir/dégoût, la santé et la commensalité dans les imaginaires de la table? En quoi l’aliment reste-t-il lié à la construction de l’identité dans la polysémie du comestible? Quelles significations prend la nourriture dans une sphère publique globalisante? Comment se confondent les discours publicitaires commerciaux et ceux valorisant les produits du terroir? Comprendre la place que prend la communication dans les expériences alimentaires vécues au quotidien est plus qu’un enjeu de santé publique; il s’agit aussi de réfléchir sur la négociation du vivre-ensemble par la nourriture.
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