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Leurres et lueurs de la migration : quand la vérité participe à gestion de la mobilité humaine

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Célestine Dibor Sarr : Université Cheikh-Anta-Diop

Résumé de la communication

Mensonges au départ, mensonges à l’arrivée, les migrants, dans leurs pérégrinations vers le rêve de l’Occident sont nourris de préjugés. Ces derniers, aussi bien dans leur terroir natal que dans leurs terres d’accueil, sont fécondés par les leurres et les lueurs d’un mythe : la réussite sociale n’est possible qu’en embarquant pour l’Europe, l’humanisme envers les migrants si désœuvrés permet de se racheter d’une certaine culpabilité. Pourtant, en Afrique comme en Europe, une vérité même crue pourrait endiguer un phénomène endémique qui sape les bases d’une société où la solidarité et la cohésion sociale sont soumises à de rudes épreuves. À la suite des politiques et de bon nombre de spécialistes proposant des solutions à la mobilité humaine, des romancières et romanciers africains prennent en charge cette problématique dans leurs œuvres. Par la voix de leurs personnages, ils empruntent les voies de l’anthropologie, par le biais de la fiction, pour lever le voile sur certaines pratiques sociologiques voire culturelles afin de sensibiliser les candidats au départ sur les risques d’une telle aventure. La vérité distillée dans leur œuvre sonne comme un cri de cœur qui saurait convaincre les uns et les autres à faire de meilleurs choix de vie au vue des risques encourus pour un mythe : émigrer, c’est réussir. Des auteurs entendent revenir sur quelques-unes des vérités qui reprennent avec acuité les leurres et les lueurs que nourrissent les migrants.


Résumé du colloque

L’Europe traverse une crise migratoire importante et connaîtra probablement dans les 50 prochaines années des vagues migratoires sans précédent venant d’Afrique (Stephen Smith, 2019). Dans l’imaginaire collectif, le contexte africain, avec ses réalités économiques peu performantes et sa croissance démographique, laisse présager des flux massifs de migrants venant de ce continent vers l’eldorado européen. Cette affirmation contraste nettement avec les études récentes postulant un faible taux d’émigration des pays du Sud vers les pays du Nord global comparativement à la migration intraafricaine (Vincent Chetail, 2019). Le volume mondial de la migration Sud-Sud représente presque 40 % du total des migrants (97 millions), soit davantage que le volume des migrations Sud-Nord (89 millions), et seule l’Amérique latine inverse la tendance (Banque mondiale, 2016). Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), les Africains se déplacent en grande partie dans leurs régions respectives (Appiah-Nyamekye Sanny et Rocca, 2018; OIM et UA, 2019). En outre, la migration du Sud vers le Nord prend plus la forme régulière qu’irrégulière (Vincent Chetail, 2019). Les images de bateaux surchargés de migrants désespérés fuyant la guerre ou des conditions économiques désastreuses ne nous sont que trop familières, alors que 94 % de la migration africaine sur les océans prend une forme régulière (OIM, 2019). Certains États qui décrient le phénomène préfèrent se baser sur les idéologies que de se référer aux travaux universitaires (François Gemenne, 2021). Cette distorsion dans les données se reflète dans les politiques migratoires restrictives de l’Union européenne (UE), malgré les nombreuses contributions de chercheurs et d’experts sur cette question postulant indéniablement le peu d’impacts de cette migration Sud-Nord. Afin de mieux contribuer à la mise en place d’une gouvernance mondiale des migrations justes et durables, il faut déconstruire cette trame qui fonde ces contradictions.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 13 mai 2022

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