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Marilyne Lamer : UQAM - Université du Québec à Montréal
De Jean Éthier-Blais, les historiens de la littérature ont surtout retenu ses essais, notamment ses Signets. Moins connue, son œuvre romanesque est pourtant remarquable, car elle révèle le riche imaginaire germanique de cet écrivain qui a séjourné en Bavière dans le cadre de ses fonctions de diplomate pour le ministère des Affaires extérieures du Canada.
L’Allemagne est le cadre principal dans lequel se déroule le roman Mater Europa (1968) : on y trouve en outre les descriptions du château médiéval d’une baronne semblant tout droit sorti d’un conte de Hoffmann, ainsi que des évocations des lieder de Schumann, un almanach de Gotha, etc. Narrant le récit de l’éducation, du développement et de la maturation du jeune Théodore Salandon, Mater Europa se présente sur le plan formel et thématique comme un Bildungsroman, ce genre romanesque qui prend racine dans l’Allemagne du XVIIIe siècle et qui a pour prototype Les années d’apprentissage de Wilhelm Meister de Goethe. Le spectre du maître de Weimar hante d’ailleurs le roman : ce sont les vers goethéens qui conduiront le jeune protagoniste à la découverte de sa vocation d’écrivain. C’est dire que l’influence de l’Ailleurs se manifeste non seulement sur le plan thématique de ce roman, mais formel et esthétique.
Au confluent de l’histoire littéraire et de la poétique des genres, ma communication tentera de saisir, à partir de Mater Europa, la forme que prend l’imaginaire germanique dans la littérature québécoise.
Ce colloque aura pour objet la représentation de l’Ailleurs dans la fiction québécoise (tant anglophone que francophone). La prolifération de fictions exotopiques (qui explorent les pays étrangers) est un phénomène de plus en plus remarqué dont nous chercherons à dégager les enjeux. Au-delà du goût de l’exotisme, que peut impliquer cette migration de l’imaginaire hors du territoire natal? Dans quelle mesure entraîne-t-elle, pour qui écrit, un nouveau contrat passé avec la communauté d’origine, et, du côté de la réception, une redéfinition du concept de « littérature nationale »? Peut-on y lire un signe d’ouverture au monde? Une évasion hors de l’exiguïté identitaire? Un effet de la mondialisation et de l’intensification des flux migratoires?
Par souci de cohérence méthodologique, nous approcherons l’Ailleurs comme espace géopolitique hors des frontières du Canada, en analysant ses représentations et les affects qu’il génère à partir du lieu même comme espace physique (climat, paysages, villes, moyens de transport, habitations, etc.), des habitants (corporalité, sociabilité, sexualité, etc.), des manières de vivre (mœurs, traditions, conditions socio-économiques) et de la langue (incidences sur la communication).
Sur le plan du parcours narratif, trois modèles de base se présentent. Le plus courant correspond aux « fictions de voyage » : pour une raison ou une autre (fuite des origines, goût de l’aventure, amour, profession, tourisme, etc.), un.e protagoniste se rend à l’étranger, expérience qui souvent le.la transforme. D’autres récits mettent en scène des personnages québécois déjà installés ailleurs qu’au Canada : expérience d’immersion où se profile là encore une dialectique entre l’identité natale du sujet et ce que l’Ailleurs lui donne à vivre. Enfin, on trouve aussi des fictions exotopiques qui ne comportent aucun personnage québécois. Dans ce cas, la rupture totale avec le lieu natal demande à être interrogée : où conduit cette dénationalisation du sujet?
L’enquête peut également interroger les relations entre la fiction, le voyage et le tourisme en tant que discours et pratiques culturelles. Peut-on établir une corrélation entre le récit exotopique et le développement du tourisme de masse? Qu’en est-il aussi des « destinations » qu’explorent ces récits? Certains lieux du monde exercent-ils un pouvoir d’interpellation plus fort que d’autres? Comment se dessine la « carte du monde » des fictions québécoises? Dans tous ces cas, les marqueurs de distance, de proximité, d’interpellation, de résistance, d’incompréhension, etc., fourniront les matériaux d’une cartographie de l’imaginaire.
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