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Mettre table sur carte : géographie, personnages et sujets du roman québécois de l’Ailleurs

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Pascal Brissette : Université McGill

Résumé de la communication

Les statistiques textuelles peuvent-elles nous aider à comprendre la manière dont la littérature québécoise envisage l’Ailleurs? Si elles ne peuvent remplacer la lecture attentive et l’intelligence herméneutique, elles peuvent à tout le moins nous aider à élargir l’angle d’analyse et à prendre en compte plus que le 1 % des œuvres qui retiennent habituellement l’attention des spécialistes. Quels pays, régions ou villes le roman exotopique québécois privilégie-t-il? Observe-t-on une variation significative de ces lieux de prédilection au fil des décennies? Existe-t-il une corrélation entre les lieux, les types de personnages et les sujets des fictions? La fiction exotopique est-elle davantage pratiquée par les auteur·e·s masculins ou féminins? Quelles œuvres se démarquent par la variété des lieux évoqués?

Dans la foulée de travaux menés au croisement de l’histoire littéraire, des sciences informatiques et de la statistique, cette communication voudrait contribuer à brosser un portrait de la fiction exotopique québécoise. Elle recourra principalement à la riche base de données « Romans à lire », une ressource produite par la Grande Bibliothèque et qui recense, à ce jour, plus de 11 000 romans québécois du XIXe au XXIe siècle, dont 1600 situent l’entièreté de leur action hors des frontières du Canada. Pour répondre aux questions posées ci-dessus, on recourra aux champs sujets, types de personnage et lieux géographiques composés par les bibliothécaires de la Grande Bibliothèque.

Résumé du colloque

Ce colloque aura pour objet la représentation de l’Ailleurs dans la fiction québécoise (tant anglophone que francophone). La prolifération de fictions exotopiques (qui explorent les pays étrangers) est un phénomène de plus en plus remarqué dont nous chercherons à dégager les enjeux. Au-delà du goût de l’exotisme, que peut impliquer cette migration de l’imaginaire hors du territoire natal? Dans quelle mesure entraîne-t-elle, pour qui écrit, un nouveau contrat passé avec la communauté d’origine, et, du côté de la réception, une redéfinition du concept de « littérature nationale »? Peut-on y lire un signe d’ouverture au monde? Une évasion hors de l’exiguïté identitaire? Un effet de la mondialisation et de l’intensification des flux migratoires?

Par souci de cohérence méthodologique, nous approcherons l’Ailleurs comme espace géopolitique hors des frontières du Canada, en analysant ses représentations et les affects qu’il génère à partir du lieu même comme espace physique (climat, paysages, villes, moyens de transport, habitations, etc.), des habitants (corporalité, sociabilité, sexualité, etc.), des manières de vivre (mœurs, traditions, conditions socio-économiques) et de la langue (incidences sur la communication).

Sur le plan du parcours narratif, trois modèles de base se présentent. Le plus courant correspond aux « fictions de voyage » : pour une raison ou une autre (fuite des origines, goût de l’aventure, amour, profession, tourisme, etc.), un.e protagoniste se rend à l’étranger, expérience qui souvent le.la transforme. D’autres récits mettent en scène des personnages québécois déjà installés ailleurs qu’au Canada : expérience d’immersion où se profile là encore une dialectique entre l’identité natale du sujet et ce que l’Ailleurs lui donne à vivre. Enfin, on trouve aussi des fictions exotopiques qui ne comportent aucun personnage québécois. Dans ce cas, la rupture totale avec le lieu natal demande à être interrogée : où conduit cette dénationalisation du sujet?

L’enquête peut également interroger les relations entre la fiction, le voyage et le tourisme en tant que discours et pratiques culturelles. Peut-on établir une corrélation entre le récit exotopique et le développement du tourisme de masse? Qu’en est-il aussi des « destinations » qu’explorent ces récits? Certains lieux du monde exercent-ils un pouvoir d’interpellation plus fort que d’autres? Comment se dessine la « carte du monde » des fictions québécoises? Dans tous ces cas, les marqueurs de distance, de proximité, d’interpellation, de résistance, d’incompréhension, etc., fourniront les matériaux d’une cartographie de l’imaginaire.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 13 mai 2022

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