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Guy Mahoungou Loufouilou : Université Paris-Et Créteil Val-de-Marne
Aujourd’hui, la traversée massive de la méditerranée à destination de l’Europe par des africains (majoritairement ceux d’Afrique subsaharienne) alimente de plus de plus le débat au sein de la classe politique, des experts et des universitaires. La société étant par essence évolutive, la question migratoire n’a cessé de s’aggraver et se complexifier au point de constituer une des questions prioritaires sur le plan continental (africain et européen) international et même de retenir l’attention des gouvernements, quel que soit leur engagement ou leurs intérêts pour la gestion des flux migratoires.
Partout, l’immigration est de plus en plus considérée comme un problème à résoudre avec un discours dominant qui est celui d’une immigration choisie et de la maîtrise des frontières extérieures.
France, la place de l’immigration et de l’accueil des réfugiés est omniprésente grâce aux médias qui lui ont donné une place centrale dans la phase de la campagne des élections présidentielles. L'opinion française a un certain nombre de perceptions sur les migrations ; certaines sont conformes aux faits observés, d'autres non. Cette distorsion empêche d'avoir un débat transparent sur le sujet et biaise la réflexion sur les politiques à mener. Elle est d’autant plus alarmante car, elle nourrit le racisme et la xénophobie, mais également parce que les politiques publiques en matière d’immigration, ont tendance à se fonder davantage sur les sondages d’opinions que les études des experts.
L’Europe traverse une crise migratoire importante et connaîtra probablement dans les 50 prochaines années des vagues migratoires sans précédent venant d’Afrique (Stephen Smith, 2019). Dans l’imaginaire collectif, le contexte africain, avec ses réalités économiques peu performantes et sa croissance démographique, laisse présager des flux massifs de migrants venant de ce continent vers l’eldorado européen. Cette affirmation contraste nettement avec les études récentes postulant un faible taux d’émigration des pays du Sud vers les pays du Nord global comparativement à la migration intraafricaine (Vincent Chetail, 2019). Le volume mondial de la migration Sud-Sud représente presque 40 % du total des migrants (97 millions), soit davantage que le volume des migrations Sud-Nord (89 millions), et seule l’Amérique latine inverse la tendance (Banque mondiale, 2016). Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), les Africains se déplacent en grande partie dans leurs régions respectives (Appiah-Nyamekye Sanny et Rocca, 2018; OIM et UA, 2019). En outre, la migration du Sud vers le Nord prend plus la forme régulière qu’irrégulière (Vincent Chetail, 2019). Les images de bateaux surchargés de migrants désespérés fuyant la guerre ou des conditions économiques désastreuses ne nous sont que trop familières, alors que 94 % de la migration africaine sur les océans prend une forme régulière (OIM, 2019). Certains États qui décrient le phénomène préfèrent se baser sur les idéologies que de se référer aux travaux universitaires (François Gemenne, 2021). Cette distorsion dans les données se reflète dans les politiques migratoires restrictives de l’Union européenne (UE), malgré les nombreuses contributions de chercheurs et d’experts sur cette question postulant indéniablement le peu d’impacts de cette migration Sud-Nord. Afin de mieux contribuer à la mise en place d’une gouvernance mondiale des migrations justes et durables, il faut déconstruire cette trame qui fonde ces contradictions.
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