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Alioune Badara Diop : Université Cheikh-Anta-Diop
Xénophobie et instrumentalisation politique par les partis d’extrême droite : voilà ce qu’inspire et provoque aujourd’hui la question migratoire dans les pays riches d’Occident, longtemps terres d’accueil de migrants au point de charrier l’image d’Épinal de l’Eldorado. Au-delà du traitement sensationnaliste et dramatisant des médias dont elle fait l’objet, les sciences sociales – droit, sociologie, économie, géographie et science politique notamment – ont établi que c’est un phénomène banal et non une fatalité inéluctable. Ainsi des travaux empiriques dévoilent clairement le décalage qui se creuse entre la réalité des migrations et la peur de ceux qui cherchent à s’en protéger. Une brèche a été ouverte par le pacte de Marrakech de 2018 qui prône une « immigration sûre, ordonnée et régulière ». La philosophie affirmée de ce pacte est ni plus ni moins de mettre à nu les limites et l’impasse de l’approche répressive et dissuasive qui a présidé aux politiques migratoires et à l’illégitimité de cette question sur la scène internationale.
L’Europe traverse une crise migratoire importante et connaîtra probablement dans les 50 prochaines années des vagues migratoires sans précédent venant d’Afrique (Stephen Smith, 2019). Dans l’imaginaire collectif, le contexte africain, avec ses réalités économiques peu performantes et sa croissance démographique, laisse présager des flux massifs de migrants venant de ce continent vers l’eldorado européen. Cette affirmation contraste nettement avec les études récentes postulant un faible taux d’émigration des pays du Sud vers les pays du Nord global comparativement à la migration intraafricaine (Vincent Chetail, 2019). Le volume mondial de la migration Sud-Sud représente presque 40 % du total des migrants (97 millions), soit davantage que le volume des migrations Sud-Nord (89 millions), et seule l’Amérique latine inverse la tendance (Banque mondiale, 2016). Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), les Africains se déplacent en grande partie dans leurs régions respectives (Appiah-Nyamekye Sanny et Rocca, 2018; OIM et UA, 2019). En outre, la migration du Sud vers le Nord prend plus la forme régulière qu’irrégulière (Vincent Chetail, 2019). Les images de bateaux surchargés de migrants désespérés fuyant la guerre ou des conditions économiques désastreuses ne nous sont que trop familières, alors que 94 % de la migration africaine sur les océans prend une forme régulière (OIM, 2019). Certains États qui décrient le phénomène préfèrent se baser sur les idéologies que de se référer aux travaux universitaires (François Gemenne, 2021). Cette distorsion dans les données se reflète dans les politiques migratoires restrictives de l’Union européenne (UE), malgré les nombreuses contributions de chercheurs et d’experts sur cette question postulant indéniablement le peu d’impacts de cette migration Sud-Nord. Afin de mieux contribuer à la mise en place d’une gouvernance mondiale des migrations justes et durables, il faut déconstruire cette trame qui fonde ces contradictions.
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