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S’aimer trop pour parler : enjeux du silence dans "Loin d’eux" de Laurent Mauvignier

CP

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Chanel Pearson : Université de Sherbrooke

Résumé de la communication

Dans Loin d’eux, de Laurent Mauvignier, les personnages semblent s’aimer trop pour se parler. Marthe écrit à son fils : « à trop s’aimer comme nous on s’aime, on va plus loin que les autres vers les points de rupture » (Mauvignier, 1999 : p. 109). Marthe a la conviction que l’amour familial est inconditionnel, et qu’il entraîne paradoxalement un manque d’attention des uns envers les autres. Selon elle, il faut savoir percevoir dans cette négligence une preuve d’amour. La lettre se poursuit ainsi : « tous les trois on ne sait pas dire les choses comme exactement on les pense, comme en chacun de nous elles se forment […] toutes différentes et pourtant on sait qu’elles sont pareilles » (Ibid.). Bref, Marthe suggère ici que si son mari, son fils et elle-même ont du mal à communiquer, c’est à cause de l’amour qui les unit, mais aussi de leurs expériences qui, bien qu’elles se rejoignent, demeurent cependant incommunicables.

Dans Expérience et pauvreté (1933), Walter Benjamin étudie la façon dont les soldats qui reviennent du front, riches en expérience, se trouvent toutefois appauvris en expériences communicables. Loin d’eux met en scène cette idée, en la détournant un peu : l’amour y est une expérience au même titre que la mort. Mauvignier concrétise autant qu’il questionne ce que Benjamin étudiait en 1933. Je propose de mener une réflexion qui, en s’appuyant sur la notion d’expérience de Benjamin, répondra à la question : est-ce qu’à s’aimer trop, on ne peut plus se parler ?

Résumé du colloque

L’essor spectaculaire de mouvements de l’actualité (#Meetoo et #Blacklivesmatter, #nativelivesmatter) donne l’élan à la réflexion que nous entendons mener dans le cadre de cette journée de recherche en littérature de l’extrême contemporain. Les événements associés à ces mouvements (dénonciations, reconfigurations des dispositifs de pouvoir) irriguent inévitablement l’écriture dans la mesure où la littérature a pour ambition de maintenir en un seul lieu la tension entre fiction et réel. Qu’arrive à montrer la littérature contemporaine de la vie humaine, que fait-elle voir de particulier? Que racontent les auteurs.trices contemporain.es au sujet de la vie humaine? Comment s’y prennent-ils.elles? Notre question reprend des préoccupations communes à la littérature actuelle (depuis 2010) et à la philosophie. De quoi est faite une vie singulière, dans quels dispositifs du temps s’inscrit-elle? De quels espaces a-t-elle le loisir? Quelles sont les interrogations qui la traversent, quelles politiques nourrissent ses conditions matérielles et intellectuelles? Pour répondre à ces interrogations appartenant à l’ensemble des sciences humaines, la littérature se positionne comme un terreau privilégié d’enquête. Car si la littérature déploie un « contenu » ou une « portée morale », elle le fait surtout sans être déterminée par une connaissance particulière, des arguments à défendre ou des jugements édificatoires à transmettre, ce qui constitue son privilège utile. Ce colloque vise à formuler certains enjeux éthiques liés à la vie humaine dans la littérature actuelle, considérant les bouleversements esthétiques et politiques dont nous sommes les témoins depuis 2010.

Contexte

section icon Thème du congrès 2022 (89e édition) :
Sciences, Innovations, Sociétés
section icon Date : 13 mai 2022

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