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Otávio Amaral : UQAM - Université du Québec à Montréal
Cette présentation se propose d’analyser la construction identitaire des hijras, le connu « troisième genre indien », à partir des études de genre. Les cadres théoriques établis par Judith Butler aux États-Unis ainsi que les théories de Marilyn Strathern en Angleterre, Irène Théry et Pascale Bonnemère en France serviront d’outils heuristiques pour interpréter la problématique suivante : comment devient-on hijra à l’aune des différentes approches théoriques des études de genre de trois milieux académiques distincts ? À partir d’une analyse de sources ethnographiques secondaires proposées par quelques (quoique peu nombreux) chercheurs ayant travaillé auprès de la communauté dans différentes régions de l’Inde, je chercherai à décrire le processus de construction identitaire de sorte à expliciter que la subversion à la normativité structurante est, quant à elle, également et spécialement vécue en Asie du Sud. Le genre est ici notamment conçu en tant que e catégorie relationnelle intégrant les rapports entre les individus et leurs interactions sociales. Le genre n’est pas un attribut intrinsèque à la sociabilité des sujets, mais acquis et construit au fur et à mesure de leurs expériences. Dans le cas des hijras, je tenterai de soutenir que l’interaction avec le religieux, en particulier avec la bhakti, est le pilier d’une construction identitaire fluide, communautaire et subversive.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui est « normal »? Nous savons que les normes sont mouvantes et qu’elles se transforment avec le temps, au gré des changements sociaux. Dans une perspective durkheimienne1, les normes sociales possèdent un pouvoir coercitif qui se manifeste lorsque les règles sont transgressées. Parallèlement, les normes juridiques changent lorsque des lois sont abrogées, invalidées, ou de nouveaux projets de loi adoptés. Et qui dit « norme » dit également « transgression », et ce colloque s’intéresse à celles qui transgressent ces normes. Nous proposons de nous intéresser à la notion (certes contestée) de déviance2, en mettant l’accent sur les femmes hors normes, sur les dynamiques de marginalisation subies ou assumées.
Les contributions pourront donc aborder la déviance aux normes des femmes dans plusieurs contextes, culturels et historiques et sous plusieurs angles : celui de la religion, du rapport à la loi et à la société (transgression des normes de genre, sexuelles, familiales, raciales), qui eux-mêmes englobent différents axes. Avec pour objectif de questionner les normes, nous identifierons des cas significatifs –– mais trop souvent restés marginalisés, même par la recherche –– de femmes qui dévient des normes. Nous proposons ainsi d’analyser les effets sociaux, juridiques, politiques et personnels de la déviance des femmes et de déceler leurs possibilités d’émancipation et d’empowerment, tout autant que de stigmatisation, de criminalisation et de marginalisation, engendrées par la déviance.
1. Émile Durkheim, « Chapitre I. Qu’est-ce qu’un fait social? », dans Les règles de la méthode sociologique, Paris, PUF, coll. Bibliothèque de philosophie contemporaine, [1894] 1967, pp. 3-14.
2. Voir Mathieu Deflem (réd.), The Handbook of Social Control, Oxford, Wiley Blackwell, 2019 et Howard Saul Becker, Outsiders, Études de sociologie de la déviance, Paris, Éditions Métailié, 1985.
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