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Lianne Moyes : Université de Montréal
L’importance du voyage dans la fiction de Mavis Gallant est mise en évidence dans les titres des recueils Voyageurs en souffrance, Going Ashore, In Transit, Paris Stories et The Other Paris. Les œuvres critiques Variétés de l’exil et Les belles étrangères : le Canadiens à Paris mettent également l’emphase sur le mouvement et la délocalisation. Les nouvelles de Gallant présentent des personnages à Paris, dans le sud de la France, en Allemagne, en Italie, en Espagne, en Suisse, en Angleterre et en Europe de l'Est. Le voyage chez Gallant n'est pas délimité par un début ou une fin ; il n’est pas touristique, mais guidé par une curiosité intellectuelle—à propos de l'histoire du fascisme en Espagne ou en Allemagne, par exemple. Bien qu’elles soient rarement autobiographiques, les histoires de Gallant offrent tout de même des références indirectes à ses propres voyages ou, du moins, à une exploration de la délocalisation. Au sein de l’univers fictionnel, le voyage permet à Gallant d'explorer les modalités de la rencontre et l'intensification des paysages émotionnels qui accompagnent cette délocalisation. Le « chez-soi », dans ce contexte, devient une catégorie très instable. Bien que Gallant ne soit jamais revenue à Montréal, le « chez soi » qu’est Montréal pour Gallant demeure un point de référence constant, quoique compliqué. Travaillant à partir du recueil Home Truths, cette communication explorera ce que l'on entend par « voyage » et par « chez-soi » dans la fiction de Gallant.
Ce colloque aura pour objet la représentation de l’Ailleurs dans la fiction québécoise (tant anglophone que francophone). La prolifération de fictions exotopiques (qui explorent les pays étrangers) est un phénomène de plus en plus remarqué dont nous chercherons à dégager les enjeux. Au-delà du goût de l’exotisme, que peut impliquer cette migration de l’imaginaire hors du territoire natal? Dans quelle mesure entraîne-t-elle, pour qui écrit, un nouveau contrat passé avec la communauté d’origine, et, du côté de la réception, une redéfinition du concept de « littérature nationale »? Peut-on y lire un signe d’ouverture au monde? Une évasion hors de l’exiguïté identitaire? Un effet de la mondialisation et de l’intensification des flux migratoires?
Par souci de cohérence méthodologique, nous approcherons l’Ailleurs comme espace géopolitique hors des frontières du Canada, en analysant ses représentations et les affects qu’il génère à partir du lieu même comme espace physique (climat, paysages, villes, moyens de transport, habitations, etc.), des habitants (corporalité, sociabilité, sexualité, etc.), des manières de vivre (mœurs, traditions, conditions socio-économiques) et de la langue (incidences sur la communication).
Sur le plan du parcours narratif, trois modèles de base se présentent. Le plus courant correspond aux « fictions de voyage » : pour une raison ou une autre (fuite des origines, goût de l’aventure, amour, profession, tourisme, etc.), un.e protagoniste se rend à l’étranger, expérience qui souvent le.la transforme. D’autres récits mettent en scène des personnages québécois déjà installés ailleurs qu’au Canada : expérience d’immersion où se profile là encore une dialectique entre l’identité natale du sujet et ce que l’Ailleurs lui donne à vivre. Enfin, on trouve aussi des fictions exotopiques qui ne comportent aucun personnage québécois. Dans ce cas, la rupture totale avec le lieu natal demande à être interrogée : où conduit cette dénationalisation du sujet?
L’enquête peut également interroger les relations entre la fiction, le voyage et le tourisme en tant que discours et pratiques culturelles. Peut-on établir une corrélation entre le récit exotopique et le développement du tourisme de masse? Qu’en est-il aussi des « destinations » qu’explorent ces récits? Certains lieux du monde exercent-ils un pouvoir d’interpellation plus fort que d’autres? Comment se dessine la « carte du monde » des fictions québécoises? Dans tous ces cas, les marqueurs de distance, de proximité, d’interpellation, de résistance, d’incompréhension, etc., fourniront les matériaux d’une cartographie de l’imaginaire.
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