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Emily Laxer : York University
Depuis le convoi de la liberté et l'élection de Pierre Poilievre à la tête du Parti conservateur du Canada, le populisme est devenu un sujet clé dans la politique canadienne. Cet article analyse quantitativement l'activité Twitter de Poilievre en 2022 afin de clarifier dans quelle mesure son discours s'aligne sur les dimensions idéationnelles et stylistiques des populismes de droite identifiées dans la littérature. En nous appuyant sur la distinction de Rogers Brubaker entre les articulations populistes du « peuple » en tant que plèbe, démos et ethnos, nous examinons d'abord comment le ciblage des « élites » par Poilievre est lié à sa définition des problèmes comme économiques, politiques et/ou culturels. Nous constatons que, bien qu'il adhère à une rhétorique anti-élitiste de droite, qui blâme principalement les « élites » politiques pour les injustices contre le « peuple », Poilievre s'écarte de l'idéologie de droite en encadrant ces injustices principalement sur le plan économique (et non ethnoculturel). Nous constatons également que Poilievre est plus susceptible de déployer un style ou un sentiment négatif dans les tweets abordant des menaces économiques et culturelles, plutôt que politiques, contre le « peuple ». Ensemble, ces résultats démontrent les pièges de l'utilisation du type d’« élite » comme proxy pour l'idéation et le style populiste, et montrent la valeur de la désagrégation - afin de clarifier les relations entre - les différentes dimensions du populisme.
Le Brexit et l’élection de Donald Trump en 2016 ont eu une incidence profonde sur l’étude du populisme. Jusque-là considéré comme la chasse gardée des spécialistes de l’Amérique latine et de quelques spécialistes de l’extrême-droite en Europe de l’Ouest, le phénomène est devenu non seulement mainstream, mais il se développe également une littérature exponentielle sur sa relation avec un ensemble en lien avec d’autres phénomènes globaux, allant du climatosceptisme à la géopolitique, en passant par les mouvements antivaccins et le paramilitarisme d’extrême-droite.
Le présent colloque propose de se saisir de la question du populisme sous deux angles complémentaires parfois abordés dans la littérature. Le premier angle qui nous intéresse est le contexte de remise en question d’un exceptionnalisme canadien qui limiterait les manifestations de populismes. La thèse de l’exceptionnalisme canadien fut notamment mise de l’avant par le politologue Cas Mudde, selon qui les politiques canadiennes sur le multiculturalisme placeraient le pays à l’abri de telles mouvances. Or, du mouvement des camionneurs à aller jusqu’à l’élection de Pierre Poilievre à la tête du Parti conservateur du Canada en passant par la popularité de figures politiques comme Maxime Bernier et Éric Duhaime, il n’est plus possible de nier l’importance de formes de populismes au Canada. Nous explorerons les manifestations de cette mouvance politique à l’échelle fédérale, provinciale et municipale au pays.
Le deuxième angle est celui de la relation entre le populisme et les nationalismes ainsi que leurs transformations au Canada et au Québec. Si la littérature scientifique a souvent abordé la question de la relation du nationalisme au populisme sous un angle théorique, elle a été moins féconde en ce qui a trait à l’étude empirique de ces deux idéologies politiques. Une importante portion de ce colloque sera donc consacrée à l’étude des transformations des populismes et nationalismes au Canada et aux transformations dans la mobilisation des clôtures sociales impliquées par ces changements sociaux.
Thème du colloque :