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Activisme féministe numérique en Afrique francophone : enjeux et défis de la recherche sur deux initiatives sénégalaises de lutte contre les violences sexuelle.

LB

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Louise-Andrée Boudreault : Université de Montréal

Résumé de la communication

Les réseaux sociaux numériques semblent être des espaces de convergence pour de multiples luttes, comme le montre la recrudescence du mouvement #MeToo depuis 2017. Si des initiatives de ce type existent en Afrique anglophone et sont documentées, elles demeurent peu connues en Afrique francophone. Dans cette communication, nous aborderons deux initiatives sénégalaises déployées sur Twitter pour lutter contre les violences à caractère sexuel en Afrique francophone : #Nopiwouma et #Doyna, respectivement « Je ne me tairai pas » et « Ça suffit » en wolof. Cependant, aborder et encourager à la dénonciation des violences à caractère sexuel sur les réseaux sociaux, un espace public numérique, semble défier des normes sociales sénégalaises : le muñ, le maslaa et le sutura, trois termes wolofs.

Nous aborderons les enjeux spécifiques auxquels font face les instigatrices de ces initiatives, notamment la négociation des limites entre le public et le privé.

En exposant notre posture épistémologique dans cette recherche, nous expliquerons comment un cadre théorique adapté, intégrant les auteurs et théories du Sud, peut aider à mieux comprendre les spécificités de ces initiatives. Enfin, nous soulignerons la positionnalité de la chercheure et son terrain de recherche au Sénégal, afin de mettre en évidence les défis liés à la recherche Nord-Sud.

Nous espérons que cette communication contribuera à mettre en lumière les luttes contre les violences faites aux femmes sur les réseaux sociaux numériques en Afrique francophone et à favoriser leur reconnaissance.

Résumé du colloque

La notion de genre est devenue omniprésente dans la recherche sur le développement en Afrique (Treillet, 2008). Toutefois, la prégnance des partenaires internationaux dans ces recherches semble avoir affaibli son potentiel transformateur des relations de pouvoir inégalitaires dans les sociétés africaines (Parpart, 2014). En effet, le genre semble avoir été instrumentalisé pour pallier la résistance au concept de féminisme en Afrique. Or, cette résistance n’est pas synonyme d’un rejet de l’idéologie féministe entendue comme une critique des rapports sociaux de genre, mais comme une distanciation avec le féminisme en tant que « cadre universaliste de mobilisation » (Latourès, 2009, p. 144). De plus, ce refus provient de chercheur·se·s d’Afrique qui cherchent à s’approprier la lecture de leur propre réalité (Touré, 2002).

Sur le plan heuristique, il serait donc important de se demander à quelles réalités nous faisons référence quand nous parlons du genre en Afrique ? Quel est le sujet politique de la recherche sur le genre en Afrique ? Pouvons-nous affirmer que recherche féministe et recherche sur le genre sont interchangeables ?

Nous aimerions en débattre au regard des résistances que génère la question du féminisme en Afrique (Dieng, 2021). Il s’agira plus spécifiquement de poser la question des enjeux qu’une recherche sur le genre pose, notamment dans le processus de construction de la connaissance. Ces enjeux de plusieurs ordres se situent à l’intersection des inégalités de genre au sein du monde universitaire, la prégnance des agences de développement, mais aussi la division internationale du travail scientifique (Direnberger et Doubogan, 2022). S’agissant de la division internationale du travail scientifique, il serait intéressant d’interroger l’hégémonie des enjeux que constitue la non-interrogation d’un certain nombre de chercheur·se·s du Nord concernant les relations de pouvoir — rapports sociaux de race qui se juxtaposent aux rapports de genre — dans les espaces universitaires et les recherches sur le genre.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 8 mai 2023

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