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Joelle Rouleau : Université de Montréal
White Lotus consolide sa deuxième saison autour des dynamiques de couples (hétéro)normés : jalousie, mensonge, confiance, monogamie, possessivité, tromperie, (travail du) sexe, expérimentation; on s’engage au cours des sept épisodes dans une pléthore d’expériences « amoureuses » désastreuses sous fond de voyage romantique en Sicile. Ma présentation sera de l’ordre de l’essai théorique articulant ensemble les concepts de chrononormativité (Edelman) et de phénoménologie queer (Ahmed) afin d’étudier les propositions d’amour pour et dans la série White Lotus saison 2. J’y poursuivrai également le développement du concept de sensibilités queer afin d’explorer l’ambivalence de la série à mettre en scène de riches états-uniens passant une semaine de vacances dans un tout-inclus italien où l’activité principale revêt du « people’s watching ». Il y a dans l’expérience de cette double spectature, un étrange mélange entre une curiosité, une envie et un dégout pour cette vie où les relations amoureuses sont représentées plutôt sous le spectre du contrôle que du sentiment amoureux. Finalement, tous les personnages de la série sont insupportables à leur manière, rendant l’affection spécifique envers l’un d’entre eux difficile, changeante, mouvante. J’argue toutefois que l’amour pour la série triomphe grâce au personnage de Tanya McQuoid interprété par Jennifer Coolidge qui incarne le double tranchant de cet « american dream » à la fois dans son personnage que dans sa carrière d’actrice.
Les séries télé sont exponentiellement présentes dans notre quotidien, comme en témoignent l’émergence de nouvelles plateformes de vidéo à la demande; la persistance de pratiques comme le visionnage en rafale; les représentations de plus en plus ouvertes aux thématiques de la sexualité ou de la diversité au petit écran, avec la visée parfois « éducationnelle » de celles-ci et les discussions qu’elles suscitent dans l’espace publique; ou encore la création de festivals dédiés. Pourtant, une perception des séries comme « mauvais objet d’attachement » ou « plaisir coupable » est encore courante. Le besoin identifié est de donner une plus grande cohérence aux connaissances au sujet des pratiques qui se développent autour de la culture des séries et, à proprement parler, de la dimension affective de l’attachement. Si des travaux sur la sériephilie existent, il est maintenant le temps d’étoffer ces réflexions à l’aune d’une présence accrue de ces phénomènes dans la vie de tous les jours, de leur statut de repère culturel partagé et de leur influence sur les imaginaires collectifs.
Quels outils pouvons-nous développer afin de mieux comprendre la place de l’amour dans notre relation avec les séries, devant et derrière l’écran ? En utilisant comme porte d’entrée l’exemple des représentations de l’amour et de l’intimité, nous discuterons des façons dont les séries nous communiquent un savoir sur notre forme de vie, sur nos relations, et mettent en scène celles-ci avec une grande complexité. En ce sens, les séries sont à appréhender comme des « modèles de conduite » qui stimulent, autant que la littérature, l’imagination morale et la réflexivité relationnelle (Murdoch, 1970). Ce colloque portant sur l’amour tel que les séries le représentent et sur l’amour des publics pour les séries vise à repenser ces enjeux comme foncièrement politiques, du moment où la représentation médiatique est une des composantes du changement social.
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