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Sofia Smyej : FRANCE
L’extractivisme comme système écologique et politique dépasse les frontières nationales pour se rallier à des conceptions liées à l’Empire comme force historique au temps long de l’histoire coloniale (Arboleda,2016). Ainsi au travers d’un terrain de recherche situé dans l’Ouest Saharien, dans les villes de Dakhla et El Aiun, je m'interroge sur les formations identitaires nationalistes comme absorption des politiques autochtones ayant comme conséquence l’acceptabilité d’une économie extractive (Bonte, 2001). Cette économie extractive propre à l’histoire coloniale mais dont la continuité s’insère maintenant dans le cadre des discours de la transition écologique en contexte post-colonial. Mon observation repose sur deux dispositifs s’imposant aux « ressources humaines » que sont le clientélisme et le colonialisme de peuplement. Plus largement mon analyse s’interroge sur la formation d’une anthropologie de l’extractivisme comme nouvelle réflexivité sur l’objet anthropologie qui s’emet depuis une voie située à partir du nord épistémique global (Grosfoguel, 2016).
L’extractivisme s’intensifie et se multiplie sous diverses formes partout sur la planète (Parks, 2021). Au Sud comme au Nord, attirer des capitaux pour les activités extractivistes est désormais au centre des plans de développement économique (Asselin, 2011; Beaucage, 2018) ou de relance économique visant à sortir de la crise profonde mise en évidence par la pandémie de Covid-19 (Dressler, 2021).
Le colloque veut analyser de manière critique les dynamiques de l’extractivisme et rendre visibles les alternatives à ce modèle, comme celles liées à une cosmovision ou ontologie politique (Escobar, 2012) fondées sur des relations harmonieuses entre humains et non humains. Diverses voix critiques s’expriment en faveur d’une sortie de l’extractivisme (postextractivisme) et d’autres conceptions du vivre-ensemble, et promeuvent des stratégies locales et transnationales de résistance contre les projets extractifs (Magaña, 2020; Roca et Perdomo, 2020; Svampa, 2019).
Le colloque se propose de faire un retour sur la notion d’origine de l’extractivisme, depuis les travaux pionniers des Sud-Américains Gudynas (2009), Svampa (2013) et Acosta (2013), pour en explorer de nouveaux sens et usages, comme l’extractivisme ontologique et épistémique (Grosfoguel, 2016). Chagnon et al. (2022) considèrent l’extractivisme comme concept englobant pour comprendre les processus découlant de l’accumulation contemporaine du capital à l’échelle globale et qui organise la vie humaine et non humaine en la conditionnant. Dans ce sens, en s’inspirant des travaux de Preston (2017) sur les travailleurs migrants temporaires, de Morris (2019; 2020) sur les réfugiés et de Wichterich (2020) sur les travailleuses du soin, le colloque souhaite réfléchir à l’application du concept d’extractivisme à des processus impliquant des « ressources humaines ». À cette fin, le colloque propose de penser l’extractivisme non plus au singulier mais au pluriel (« les extractivismes ») afin de rendre possible une multitude de perspectives autour du concept.
Objectifs du colloque
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