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Francois Lauzier-Jobin : Université de Sherbrooke
L'influence du statut socioéconomique sur les problèmes de santé mentale est bien connue (p.ex., Ionescu, 2015). La notion d'inégalité sociale (IS) de santé est venue enrichir cette réflexion (p.ex., Wilkinson et Pickett, 2013) en y ajoutant l'idée de gradient social, d'égalité (comme valeur) et que ce phénomène se manifeste à différentes échelles (entre pays, régions, etc.). Par contre, cette documentation a été critiquée à cause de son appui principal sur des liens statistiques, le manque de théorisation et de prise en compte de la stratification sociale, sa posture non-critique et l’efficacité des interventions de réduction des IS (Haigh et al., 2019; Raphael et Brassolotto, 2015; Scambler et Scambler, 2015). La recherche qualitative a le potentiel de faire avancer ces connaissances, particulièrement avec le réalisme critique.
La présentation montrera le potentiel d'un appui sur le réalisme critique pour structurer des recherches qualitatives concrètes visant à analyser et réduire les IS de santé mentale chez les jeunes grâce à la notion de mécanismes explicatifs (comme processus complexes), le rapport à la théorie, l’analyse des variables contextuelles (individuelles, interpersonnelles, organisationnelles et structurelles), l’ajout d’une dimension temporelle et sa volonté émancipatoire (p.ex., Lauzier-Jobin et al., 2022). De plus, le réalisme critique offre une alternative au positivisme pour appréhender la notion de « santé mentale » elle-même (Pilgrim, 2021).
Au Québec comme ailleurs, l’état de la santé psychologique des individus est préoccupant. Ce portrait s’est d’autant plus aggravé avec la pandémie de COVID-19 (Généreux et al., 2021), suscitant une prise de conscience collective quant aux enjeux de santé mentale. Ceux-ci peuvent nuire aux parcours d’apprentissage et entraver les possibilités d’accès à des emplois, formations ou projets de vie (Michaud et al., 2012; Supeno et Bourdon, 2017). Aussi, certains groupes de personnes, en raison de leurs caractéristiques et conditions de vie (p. ex., genre, statut socioéconomique, handicap, origine ethnique, accès aux services), se trouvent désavantagés, vulnérabilisés, notamment en matière de santé mentale (Alegria et al., 2018; Giguère et Hanfield, 2021). Ce désavantage se traduit par des phénomènes de marginalisation et de stigmatisation menaçant leur pleine participation à la société (Gaborean et al., 2018).
Plusieurs travaux soutiennent l’importance de s’intéresser aux liens entre les sources structurelles d’inégalités sociales et la santé mentale (Corbeil et Marchand, 2006). À cet égard, la recherche qualitative peut jouer un rôle significatif en permettant d’appréhender la complexité de l’interaction entre les inégalités sociales et les difficultés de santé mentale (Davidson et al., 2008; Joseph et al., 2009). Riche de sa diversité théorique et méthodologique, la recherche qualitative contribue à décrire, à comprendre et à théoriser, sous différents angles, des processus et des phénomènes complexes entourant la santé mentale, les inégalités et la justice sociale (Gewurtz et al., 2016). Les connaissances issues de ces recherches s’avèrent pertinentes, en permettant d’appréhender des phénomènes invisibles, de déconstruire des préjugés et d’aborder avec délicatesse des sujets tabous qui entourent la santé mentale et qui ont répercussions considérables pour les individus, leur entourage et la société.
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