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Danh-Thành Do-Hurinville : Université de Franche-Comté (Besançon, France)
Cette communication a pour objectif d’examiner le pragmatème c’est clair, au sens de Blanco-Escoda & Mejri, 2018, une brachylogie d’énoncés polylexicaux comme : « C’est bien vrai ! », ou « Tu l’as dit, bouffi ! ». Ce pragmatème semble s’imposer au début des années 2000 dans les médias. Selon ‘Wikidictionnaire’, c’est clair peut fonctionner comme :
(i) une « locution adverbiale » appartenant à la grammaire de la phrase, qui se situe sur le plan référentiel, et participe au contenu propositionnel de l’énoncé.
(ii) une « locution interjective », servant à exprimer une approbation franche, sans équivoque, qui relève de la grammaire des thétiques au sens de Heine (2013), et se situe sur le plan pragmatique (cf. Dostie, 2004), pour relier un énoncé à la situation discursive.
En vue d’étudier c’est clair, on s’appuiera sur la typologie de Iordanskaja et Mel’čuk (2017), en dialogue avec la « cooptation » de Heine (2013), et la transcatégorisation schématisée sous la forme d’un triangle (Lexème-Grammème-Pragmatème).
Références bibliographiques
Blanco-Escoda X. & Mejri S., 2018, Les pragmatèmes, Classiques Garnier.
Dostie G., 2004. Pragmaticalisation et marqueurs discursifs, De Boeck Supérieur.
Heine B., 2013. “On discourse markers: Grammaticalization, pragmaticalization, or something else?”, Linguistics, 51, 1205-1247.
Iordanskaja L. & Mel’čuk I., 2017, Le mot français dans le lexique et dans la phrase, Paris, Hermann.
Les phraséologismes (aussi appelés unités phraséologiques ou phrasèmes) sont des séquences :
– polylexicales, c’est-à-dire qu’elles sont formées d’au moins deux unités utilisées, avec une certaine récurrence, en contiguïté ou à proximité dans les textes (p. ex. au Québec, coûter une beurrée, en France et en Suisse, coûter bonbon, en Belgique, coûter un os; Lamiroy et al., 2010, p. 33-34);
– préfabriquées d’un point de vue cognitif. Il y a mémorisation « connectée » des unités figurant dans leur signifiant;
– contraintes sur le plan paradigmatique. Les unités en présence ne commutent pas librement avec d’autres unités de sens proche (p. ex. : *coûter une tranche). D’autres contraintes peuvent s’ajouter, notamment d’ordre syntaxique (p. ex. : impossibilité de passiver, d’introduire une négation) et pragmatique (p. ex. : l’affiche apportez votre vin sera placée bien en vue à l’entrée d’un restaurant au Québec).
La vaste classe des phraséologismes n’est pas unifiée. À titre indicatif, Iordanskaja et Mel’čuk (2017) proposent une typologie des phrasèmes qui compte, à son extrémité inférieure, 10 sous-classes aux propriétés sémantico-pragmatiques clairement délimitées (cf. locutions fortes, semi-locutions, locutions faibles, collocations standard, collocations non standard, nominèmes, pseudo-nominèmes, termèmes, formulèmes, sentencèmes).
Le colloque est l’occasion de réfléchir aux phraséologismes, dans toute leur complexité, en établissant un lien explicite avec la problématique de la variation, de l’innovation et du changement linguistique – en français ou dans une autre langue. Cette problématique, centrale dans les annales linguistiques depuis plusieurs décennies, est demeurée dans le champ de vision périphérique des phraséologues – du moins des phraséologues spécialistes du français – à l’exception de quelques cas notables (p. ex. : Lamiroy et al., 2010 et Lamiroy, 2020 sur les expressions verbales de la francophonie; voir aussi Cahiers de lexicologie, no 116, 2020).
Titre du colloque :