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Linda De Serres : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières
Si au Québec croiser au quotidien des adultes immigrants relève de l’habituel pour pratiquement nous tous, les soutenir concrètement, notamment dans leur acquisition progressive et durable du français, ne va aucunement de soi.
À dire vrai, tout formateur doit en ce sens instaurer un contrat didactique (Brousseau, 1998) et un rapport andragogique (Drolet, 2017), lesquels commandent chez lui des savoir-faire andragogiques jumelés à des compétences pédagogiques certaines, en passant par un recours à du matériel adéquat avec, en sus, le fait de posséder une sensibilité certaine doublée d’une bonne dose d’empathie (Contu, 2017). Puis fort de ces atouts indispensables, le formateur composera, au quotidien, avec la réalité des nouveaux venus, et ce, toujours dans l’ambition de combler progressivement et avec professionnalisme leurs besoins linguistiques.
Or, comment circonscrire l’adulte allophone analphabète? Que sait-on en amont de ladite population? Comment lui insuffler une posture d’apprentissage gagnante en milieu scolaire? Comment y valoriser son pays d’attache en faveur d’une motivation accrue du français et avec quels outils didactiques?
Voilà une kyrielle de questions s’imposant à quiconque aspire à dûment relever le défi d’enseigner le français à des personnes adultes immigrantes analphabètes au Québec (El Euch et de Serres, 2021). Notre communication viendra fournir des éléments de réponse aux préoccupations et aux questions ici soulevées.
Un nombre important de personnes immigrantes ont fait leur entrée au Québec dans les dernières années. Parmi celles-ci, nombreuses étaient peu scolarisées ou peu alphabétisées. En effet, plus de 25 % des personnes accueillies au Québec en 2018 et en 2019 ont déclaré 11 ans ou moins de scolarisation avant leur arrivée, la moitié d’entre elles ayant déclaré entre 0 et 6 ans de fréquentation scolaire (MIFI, 2018). Ces arrivées en sol québécois se traduisent par une présence grandissante de personnes adultes immigrantes en apprentissage de la langue et de la littératie (désormais PAIALeL) dans les centres offrant une formation linguistique et culturelle aux immigrant·e·s.
En dépit de ces tendances démographiques, les PAIALeL n’ont jamais reçu autant d’attention que leurs collègues scolarisé·e·s. En effet, elles restent sous-représentées dans la recherche en acquisition et en enseignement des langues secondes (Andringa et Godfroid, 2020) et, dans les travaux se penchant spécifiquement sur le sujet, des constats sont récurrents : manque de matériel, manque d’orientations institutionnelles et didactiques, etc. (Farrelly, 2014). Plus localement, ces enjeux ont été soulevés par les intervenant·e·s dans les milieux scolaires du Québec (Fortier et al., 2021) où, par ailleurs, l’enseignement aux PAIALeL n’est à ce jour pas encadré par un programme-cadre gouvernemental (Vérificateur général du Québec, 2017). Depuis quelques années, de plus en plus de chercheur·se·s au Québec se mobilisent afin de mettre en lumière les particularités de cette population et de guider les enseignant·e·s qui travaillent dans ce contexte (voir Fortier, Amireault et Beaulieu, 2021). Ce colloque constitue ainsi une occasion unique de rassembler les communautés scientifique, professionnelle et politique autour d’enjeux en lien avec les PAIALeL.
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