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Construction autochtone et art rupestre en Afrique du Sud

LB

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Leila Baracchini : San Research Centre, University of Botswana

Résumé de la communication

Cette contribution propose de revenir sur le développement du site patrimonial d’art rupestre de Wildebeest Kuil en Afrique du Sud en regard des questions autochtones qui agitent le pays depuis la fin de l’apartheid. En effet, si durant l’Apartheid l’art rupestre n’a pas suscité d’intérêt politique particulier, il devient au cours des années 1990 un élément central du mouvement de reconstruction nationale en Afrique du Sud.

A partir d’un projet postdoctoral sur la relation des communautés locales à Wildbeest Kuil initié en début 2022 dans le cadre de l’ANR Cosmo-art, cette contribution propose d’explorer les ambiguïtés qui jalonnent le rapport au patrimoine rupestre et au territoire dans un contexte marqué par des enjeux de relocalisation, d'autochtonie et de fortes inégalités sociales et économiques. A partir de ce cas, il s’agira notamment de réfléchir à ce que les usages actuels de l’art rupestre font à l’autochtonie. Dans quelle mesure et en quels termes, cela favorise-t-il la construction d’un sentiment d’appartenance et d’un lien à la terre susceptible d’être mobilisés pour assoir une légitimité et des droits dans la société sud-africaine ? Mais en quoi les intérêts concurrents autour du site peuvent également être source d’illégitimité, de marginalisation et de rejet ? Et en quoi cela nous informe-t-il sur les dynamiques actuelles autour de la question autochtone en Afrique du Sud ?

Résumé du colloque

Ce colloque porte autant sur la notion d’autochtonie (comme catégorie juridique et levier politique de reconnaissance) que sur la manière dont elle se décline et se discute en Afrique. Autrement dit, si le continent africain servira de repère, c’est pour mieux permettre le dialogue avec les nombreux travaux abordant plus généralement l’autochtonéité, en particulier en Amérique du Nord.

De la sorte, les communications apporteront des éclairages quant à une diversité de terrains, et ce, dans la mesure où les multiples configurations étudiées offrent des occasions de discussion avec les réalités africaines, mais la réciproque n’en sera pas moins vraie.

Ainsi, ce qui rassemble ces peuples tient dans les déclarations les reconnaissant en tant que cultures spécifiques au sein de la modernité avancée. Pour autant, au-delà du terme unificateur, ces spécificités se déclinent de bien des manières.

Pour exemple, si foncièrement la qualification des populations autochtones se révèle relativement clairement établie en Amérique du Nord, il n’en va pas de même pour le continent africain, dont l’histoire coloniale est profondément différente et où se trouve interrogée la distinction des peuples selon une continuité historique.

L’intention de cette rencontre s’inscrit bien dans le contexte francophone, en ce sens que l’ancienne puissance coloniale a contribué à produire des configurations extrêmement hétérogènes. En effet, entre l’autochtonie à l’ouest de l’Atlantique, où la définition du primo-arrivant peut faire sens, face à des Européens restés sur place pour faire souche, au contraire c’est une autochtonie controversée qui se présente en Afrique, où le colonisateur n’a pas laissé derrière lui de semblables communautés, durablement installées. De plus, dans nombre de pays africains, les ethnies majoritaires revendiquent l’ancienneté séculaire de leur présence, reprochant à l’autochtonisation la saveur amère d’une injonction conceptuelle produite par des instances internationales éloignées.

Au-delà d’un comparatisme hasardeux, devant la diversité des contextes, les sessions proposées viseront davantage à alimenter les réflexions qui, en Amérique du Nord notamment, cherchent à concilier justice environnementale et équité sociale, et ce, en apportant des regards quant à d’autres contextes, que nous pensons utiles à l’objectivation. Que nous disent les travaux africanistes quant au traitement politique de l’autochtonie, mêlant plusieurs échelles d’analyse qui s’entrecoupent : internationale, nationale et locale ? Qui en sont les acteurs et quels groupes s’y trouvent impliqués ? Qu’est-ce que la notion d’autochtonie exprime vis-à-vis de la modernité réflexive ? En quoi ces démarches répondent-elles au souci d’éthique qu’elles avancent ?

Enfin, il paraîtra central d’insister sur la dimension de vulnérabilité qui est associée à l’idée de peuple autochtone. Dans ce cadre, les spécialistes des Amériques apporteront leurs expertises, étayées par plusieurs décennies critiques.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
Discutant-e- de la session : Christophe Baticle
section icon Date : 8 mai 2023

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