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Construire les savoirs écologiques avec tous et toutes, au croisement de la justice environnementale et épistémique

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Elisabetta Bucolo : Conservatoire national des arts et métiers

Résumé de la communication

Face à l’urgence environnementale, il s’agit d’introduire une réflexion qui englobe et légitime le rôle des fractions de population les plus vulnérables dans la transition écologique. La question environnementale vient cristalliser les contradictions ainsi que l’origine de certaines inégalités dans la modernité. Pour mieux saisir ces enjeux, il s’agit d’explorer le paradigme théorique de la justice environnementale au prisme des injustices épistémiques, notamment en termes de production du savoir écologique par les personnes ayant l’expérience de la pauvreté. Déconsidérées du discours écologique dominant, elles s'emparent des enjeux environnementaux et donnent à voir la diversité des appropriations sociales de la question écologique. Il s’agira donc d’envisager la manière dont ces savoirs écologiques prennent place dans le débat public. Certains se déploient sans bruit, dans le rythme de l’agir quotidien et des convivialités de voisinage. D’autres, se configurent comme des manières d’agir et de penser la relation à l’économie et à la nature, déviantes par rapport à la modernité dominante. Des processus de co-construction des savoirs contribuent à donner visibilité aux connaissances, capacités d’action et d’engagements des plus vulnérables. Produisent-ils des connaissances pour des nouveaux imaginaires de la transition écologique ? Sont-ils audibles ? Leur intentionnalité environnementale et politique est-elle reconnue ?

Résumé du colloque

La capacité, voire la légitimité, de notre monde à durer est mise à l’épreuve, autant par son insoutenabilité écologique que par l’ampleur de ses injustices sociales. L’importance de ces défis génère des tensions et une polarisation politiques croissantes qui interrogent le rôle des savoirs dans nos choix pour notre avenir commun. Pour construire d’autres horizons politiques pour ce XXIe siècle déjà mal engagé, quels savoirs est-il nécessaire de reconnaître, de construire, de mobiliser, et comment ?

Cette question invite d’abord à considérer les concepts mobilisés pour penser des avenirs souhaitables que l’on parle aujourd’hui de transition, de décroissance, de postdéveloppement, de buen vivir, de sobriété, de communs, de justice sociale, environnementale et épistémique, etc. Quels usages analytiques, mais aussi quelles mises en pratique militantes et organisationnelles ? Quelles oppositions et quelles articulations entre ces différents termes, mais aussi avec des contre-discours de plus en plus sonores (des utopies technocentristes à la multiplication des régimes antidémocratiques) ? Comment cela se concrétise-t-il sur et avec le territoire, notamment avec ses multiples acteurs à la recherche d’un plus grand pouvoir d’agir local ? Quels rôles pour les politiques sociales et quels nouveaux arrangements entre mouvements sociaux et citoyens, économie sociale et solidaire, philanthropie et État ? Dans quelle mesure ces débats résonnent-ils dans les milieux de travail, tant sur le plan des pratiques de gestion que des mobilisations collectives et de l’évolution de la qualité de l’emploi ? Comment cela s’opère-t-il dans la mise en organisation de la justice sociale, environnementale et épistémique ? Sous quelles formes organisationnelles et de quelles manières de s’organiser ?

Notre question exige aussi d’interroger les modes de construction des savoirs. Quel renouvellement des épistémologies face aux crises sociétales ? Quelle refondation des universités et des institutions productrices de savoir pour ouvrir de nouveaux horizons ? Quel rôle pour la société civile, notamment les personnes les plus marginalisées, dans la coconstruction des connaissances et la coproduction des actions collectives et des politiques publiques ? Quels savoirs oubliés, marginalisés ou invisibilisés à reconnaître ? Quel arbitrage entre défense de la science pour orienter décisions politiques et dérives épistocratiques (le règne des experts), aux dépens de la démocratie ?

Notre colloque sera l’occasion de travailler sur l’articulation entre l’émergence de nouveaux savoirs (ou la reconnaissance de savoirs déjà disponibles, mais invisibilisés) et la transformation sociale. Il s’agira d’interroger la contribution des savoirs à des transformations sociales, mais aussi de voir dans quelle mesure l’avènement d’un nouveau monde (sous ses paramètres sociaux, environnementaux, économiques, etc.) produit de nouveaux imaginaires, de nouvelles exigences épistémologiques ou de nouveaux outils cognitifs.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 8 mai 2023

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