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Yannick Zo'obo : Faculté des lettres et des sciences humaines
Le patrimoine est une expression utilisée dans différents contextes. Très souvent, sa définition fait la part belle aux objets d’art, aux bâtiments, etc. Omettant que l’environnement dans un sens large et la forêt dans un sens plus précis constituent ce qu’il est convenu d’appeler le patrimoine végétal. D’ailleurs, une observation attentive du milieu forestier permet de comprendre qu’il constitue un « tout » pour les communautés autochtones. Elles en tirent l’essentiel de leurs ressources. Ces espaces constituent pour les autochtones des lieux mémoriels de pratiques culturelles et cultuelles léguables aux générations futures. Cependant, pour l’administration coloniale et à partir de 1960, les dirigeants du Cameroun indépendant, avides de richesses ligneuses, au-delà des considérations conservatrices des espaces boisés évoquées par de nombreux textes de lois, la part belle est subtilement accordée à l’exploitation du bois à des fins économiques.
A l’aide des témoignages oraux, des documents d’archives et des ouvrages bibliographiques, cette proposition essaie d’analyser le fondement de la forêt comme patrimoine pour les populations autochtones du Cameroun forestier, dans un contexte dominé par l’attribution tous azimuts des concessions forestières aux exploitants forestiers à des fins économiques. Elle tente finalement de montrer que la gestion durable des forêts pourrait passer par l’intégration des autochtones dans les politiques de gestion des forêts.
Ce colloque porte autant sur la notion d’autochtonie (comme catégorie juridique et levier politique de reconnaissance) que sur la manière dont elle se décline et se discute en Afrique. Autrement dit, si le continent africain servira de repère, c’est pour mieux permettre le dialogue avec les nombreux travaux abordant plus généralement l’autochtonéité, en particulier en Amérique du Nord.
De la sorte, les communications apporteront des éclairages quant à une diversité de terrains, et ce, dans la mesure où les multiples configurations étudiées offrent des occasions de discussion avec les réalités africaines, mais la réciproque n’en sera pas moins vraie.
Ainsi, ce qui rassemble ces peuples tient dans les déclarations les reconnaissant en tant que cultures spécifiques au sein de la modernité avancée. Pour autant, au-delà du terme unificateur, ces spécificités se déclinent de bien des manières.
Pour exemple, si foncièrement la qualification des populations autochtones se révèle relativement clairement établie en Amérique du Nord, il n’en va pas de même pour le continent africain, dont l’histoire coloniale est profondément différente et où se trouve interrogée la distinction des peuples selon une continuité historique.
L’intention de cette rencontre s’inscrit bien dans le contexte francophone, en ce sens que l’ancienne puissance coloniale a contribué à produire des configurations extrêmement hétérogènes. En effet, entre l’autochtonie à l’ouest de l’Atlantique, où la définition du primo-arrivant peut faire sens, face à des Européens restés sur place pour faire souche, au contraire c’est une autochtonie controversée qui se présente en Afrique, où le colonisateur n’a pas laissé derrière lui de semblables communautés, durablement installées. De plus, dans nombre de pays africains, les ethnies majoritaires revendiquent l’ancienneté séculaire de leur présence, reprochant à l’autochtonisation la saveur amère d’une injonction conceptuelle produite par des instances internationales éloignées.
Au-delà d’un comparatisme hasardeux, devant la diversité des contextes, les sessions proposées viseront davantage à alimenter les réflexions qui, en Amérique du Nord notamment, cherchent à concilier justice environnementale et équité sociale, et ce, en apportant des regards quant à d’autres contextes, que nous pensons utiles à l’objectivation. Que nous disent les travaux africanistes quant au traitement politique de l’autochtonie, mêlant plusieurs échelles d’analyse qui s’entrecoupent : internationale, nationale et locale ? Qui en sont les acteurs et quels groupes s’y trouvent impliqués ? Qu’est-ce que la notion d’autochtonie exprime vis-à-vis de la modernité réflexive ? En quoi ces démarches répondent-elles au souci d’éthique qu’elles avancent ?
Enfin, il paraîtra central d’insister sur la dimension de vulnérabilité qui est associée à l’idée de peuple autochtone. Dans ce cadre, les spécialistes des Amériques apporteront leurs expertises, étayées par plusieurs décennies critiques.
Titre du colloque :