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Emmanuelle Doré : Université de Sherbrooke
Paradoxalement, le discours d’inclusion peut dresser des frontières entre groupes (Wodak, 2008) en s’appuyant sur des « marqueurs de diversité » qui entretiennent l’imaginaire collectif d’un « Nous » (Blanchet, 2021; Ennuyer, 2022; Pelletier, 2020). Au Québec, ce discours politique se développe autour de catégories d’élèves, dont celle des élèves ne maitrisant pas la langue d’enseignement à un niveau jugé suffisant pour intégrer la classe ordinaire (Doré, 2021). Par une analyse critique de ce discours (Wodak, 2008; 2015), nous l’interrogeons pour l’envisager comme un processus d’appropriation sociale matérialisé par des pratiques institutionnelles (Guillaumin, 1992). Cette communication portera sur un débat médiatisé sur l’inclusion survenu en milieu scolaire montréalais en 2016-2017 (Doré, 2021). À partir de l’analyse d’un corpus de textes médiatisés (N = 33) nous interprétons la définition de la diversité et les effets possibles de cette co-construction sur l’inclusion/exclusion en éducation au regard du marqueur de la langue d’enseignement. Nous présenterons des configurations du discours à différents niveaux du contexte (micro, méso et macro) et des stratégies argumentatives justifiant l’inclusion/exclusion. Puis, l’inclusion ayant été véhiculée, selon nos résultats, comme une contrainte systémique (Martuccelli, 2004), des questions seront posées sur l’administration des politiques d’inclusion dans leur contexte organisationnel et social.
À l’échelle locale comme internationale, plusieurs encadrements législatifs protègent le droit à l’égalité et interdisent les discriminations raciales dans les institutions éducatives (Dhume, 2021). Malgré ces balises, les expériences des personnes de groupes racisés étudiant (élèves) (Collins, 2022), travaillant (personnel scolaire) (Adam, 2021; Larochelle-Audet, 2019) ou gravitant autour des écoles (familles, communautés) (Zayani, 2021) attestent l’actualité du racisme en milieu scolaire. Considérant que ce concept continue d’être souvent tenu pour illégitime dans les sciences sociales et humaines de tradition francophone (Garneau et Giraudo-Baujeu, 2018), ce colloque invite les chercheuses et chercheurs à présenter des résultats de leurs travaux permettant de documenter les configurations actuelles du racisme ainsi que les réactions et réponses des personnes y étant confrontées au quotidien. La mise en commun d’observations empiriques de niveaux d’analyse intermédiaires, croisant « macro/structure » et « micro/agentivité », contribue à saisir les formes toujours renouvelées de la domination qui empêchent des groupes de personnes de participer à la définition des institutions au sein desquelles elles posent leurs actions (Hamrouni, 2012). Elle permet également d’appréhender la pluralité et la complexité des matrices de résistance que les personnes confrontées aux structures de domination y opposent (Collins, 2016). Pour sortir d’une épistémologie de l’ignorance, aveugle aux rapports sociaux et de domination (Strega et Brown, 2015), les chercheuses et chercheurs seront invités à rendre explicite la perspective à partir de laquelle le savoir présenté a été produit (Benhadjoudja, 2015). Cette reconnaissance est essentielle à la construction d’un savoir collectif pouvant contribuer à davantage de justice raciale dans les institutions éducatives (Collins, 2009).
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