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Anne Martine Parent : UQAC-Université du Québec à Chicoutimi
Dans la deuxième saison de Sex Education, une ligne d’intrigue se développe autour d’une agression sexuelle que subit le personnage d’Aimee : un homme se frotte contre elle et éjacule sur son jeans dans un autobus bondé. Quelques épisodes plus tard, Aimee et d’autres filles sont en retenue dans la bibliothèque de l’école; on soupçonne l’une d’entre elles d’avoir fait un graffiti calomniant une enseignante. Le groupe de filles est sommé de trouver ce qui les unit en tant que filles. Elles n’y arrivent pas jusqu’au moment où Aimee parle de son agression. Chacune d’entre elles, par la suite, confie une expérience de violence sexuelle. Ce groupe de filles qui se retrouvent ensemble par hasard, est hétéroclite; certaines sont amies, d’autres se détestent, mais dans cette mise en commun de leurs expériences de violences sexuelles, elles sont soudainement unies. C’est cette union de filles et de femmes en réponse aux violences sexuelles que je me propose d’aborder dans ma communication. Je vois cette union comme une sororité dans laquelle des filles et des femmes qui n’ont parfois aucune affinité ni liens d’amitié sont finalement liées par une expérience intime commune. Ce que je veux analyser, aussi, c’est mon rapport à cette sororité, l’amour et la solidarité que je ressens pour elles et qui font que je me sens moi aussi unie à elles. J’utiliserai principalement les travaux de Sara Ahmed sur les affects, et en particulier les affects féministes (2004, 2010, 2017).
Les séries télé sont exponentiellement présentes dans notre quotidien, comme en témoignent l’émergence de nouvelles plateformes de vidéo à la demande; la persistance de pratiques comme le visionnage en rafale; les représentations de plus en plus ouvertes aux thématiques de la sexualité ou de la diversité au petit écran, avec la visée parfois « éducationnelle » de celles-ci et les discussions qu’elles suscitent dans l’espace publique; ou encore la création de festivals dédiés. Pourtant, une perception des séries comme « mauvais objet d’attachement » ou « plaisir coupable » est encore courante. Le besoin identifié est de donner une plus grande cohérence aux connaissances au sujet des pratiques qui se développent autour de la culture des séries et, à proprement parler, de la dimension affective de l’attachement. Si des travaux sur la sériephilie existent, il est maintenant le temps d’étoffer ces réflexions à l’aune d’une présence accrue de ces phénomènes dans la vie de tous les jours, de leur statut de repère culturel partagé et de leur influence sur les imaginaires collectifs.
Quels outils pouvons-nous développer afin de mieux comprendre la place de l’amour dans notre relation avec les séries, devant et derrière l’écran ? En utilisant comme porte d’entrée l’exemple des représentations de l’amour et de l’intimité, nous discuterons des façons dont les séries nous communiquent un savoir sur notre forme de vie, sur nos relations, et mettent en scène celles-ci avec une grande complexité. En ce sens, les séries sont à appréhender comme des « modèles de conduite » qui stimulent, autant que la littérature, l’imagination morale et la réflexivité relationnelle (Murdoch, 1970). Ce colloque portant sur l’amour tel que les séries le représentent et sur l’amour des publics pour les séries vise à repenser ces enjeux comme foncièrement politiques, du moment où la représentation médiatique est une des composantes du changement social.
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