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Davh Patchelly Mayena : Université Marien-Ngouabi
Cette communication porte sur l’emploi du phrasème comme quoi en tant que terme ténu de validation ou de focalisation des configurations syntaxiques antéposées et/ou postposées. Cette expression s’envisage concrètement comme un « auxiliaire sémantique » et se singularise, entre autres, par ces trois points cruciaux : comme quoi assumant la valeur focalisationnelle en début de discours, comme quoi régisseur et zone de clarification d’un énoncé proverbial et comme quoi survenant après une ponctuation faible. Le caractère focalisationnel, voire validationnel du phrasème comme quoi n’est certes pas facile à cerner, mais il est plausible que la langue française s’est dotée d’une belle expression d’introduction des propositions à valeur énonciative. Le suremploi de cette combinatoire dans le corpus de la presse écrite s’explicite par le fait que cette dernière est envisagée, en langue, comme l’une des structures à laquelle recourt généralement le locuteur-scripteur pour rendre compréhensible sa pensée. Et les formes négatives dont ce phrasème clarifie le sens ne concernent pas uniquement les outils de négation absolue tels que ne…pas et jamais, mais portent également sur quelques unités linguistiques dégageant les mêmes sèmes.
Les phraséologismes (aussi appelés unités phraséologiques ou phrasèmes) sont des séquences :
– polylexicales, c’est-à-dire qu’elles sont formées d’au moins deux unités utilisées, avec une certaine récurrence, en contiguïté ou à proximité dans les textes (p. ex. au Québec, coûter une beurrée, en France et en Suisse, coûter bonbon, en Belgique, coûter un os; Lamiroy et al., 2010, p. 33-34);
– préfabriquées d’un point de vue cognitif. Il y a mémorisation « connectée » des unités figurant dans leur signifiant;
– contraintes sur le plan paradigmatique. Les unités en présence ne commutent pas librement avec d’autres unités de sens proche (p. ex. : *coûter une tranche). D’autres contraintes peuvent s’ajouter, notamment d’ordre syntaxique (p. ex. : impossibilité de passiver, d’introduire une négation) et pragmatique (p. ex. : l’affiche apportez votre vin sera placée bien en vue à l’entrée d’un restaurant au Québec).
La vaste classe des phraséologismes n’est pas unifiée. À titre indicatif, Iordanskaja et Mel’čuk (2017) proposent une typologie des phrasèmes qui compte, à son extrémité inférieure, 10 sous-classes aux propriétés sémantico-pragmatiques clairement délimitées (cf. locutions fortes, semi-locutions, locutions faibles, collocations standard, collocations non standard, nominèmes, pseudo-nominèmes, termèmes, formulèmes, sentencèmes).
Le colloque est l’occasion de réfléchir aux phraséologismes, dans toute leur complexité, en établissant un lien explicite avec la problématique de la variation, de l’innovation et du changement linguistique – en français ou dans une autre langue. Cette problématique, centrale dans les annales linguistiques depuis plusieurs décennies, est demeurée dans le champ de vision périphérique des phraséologues – du moins des phraséologues spécialistes du français – à l’exception de quelques cas notables (p. ex. : Lamiroy et al., 2010 et Lamiroy, 2020 sur les expressions verbales de la francophonie; voir aussi Cahiers de lexicologie, no 116, 2020).
Titre du colloque :