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Anna Soer : Université d'Ottawa
La construction et le développement de parcs éoliens au sein de la municipalité de Vefsn en Norvège a profondément impacté les éleveurs de rennes Saamis en détruisant leurs espaces de pâturage (Normann, 2020 ; Frandy, 2021). De l’autre côté de l’Atlantique, bien que le développement d’énergies renouvelable soit accepté par de nombreux acteurs locaux, l’imposition unilatérale par les gouvernements états-unien et canadien en 2016 d’un moratorium sur l’exploitation pétrolière dans l’Arctique – conséquence des travaux scientifiques sur la fragilité du lieu réalisés en collaboration avec les habitants Inuit - a contribué à limiter les opportunités d’emploi et de revenu pour les communautés autochtones de la région. Dans le Nunavut, la décision a été vécue comme une continuité du paternalisme colonial canadien. Bien que supposément inspiré par un souci environnemental et social, la lutte contre le changement climatique se déploie en juxtaposition d’une continuité de la négation des droits des peuples autochtones. L’extractivisme « vert » et l’extractivisme des connaissances locales autochtones au profit de politiques gouvernementales aliénantes renforcent des dynamiques coloniales dorénavant colorées par des notions de durabilité et de démocratie (Banerjee, 2003). Ma proposition de présentation se porte ainsi sur les dynamiques de gouvernance informant ces conflits – entre droit international et national, et processus démocratiques dans un contexte fédéral (Canada) et unitaire (Norvège) entre la société civile, les instances gouvernantes autochtones, le secteur privé, et le gouvernement.
L’extractivisme s’intensifie et se multiplie sous diverses formes partout sur la planète (Parks, 2021). Au Sud comme au Nord, attirer des capitaux pour les activités extractivistes est désormais au centre des plans de développement économique (Asselin, 2011; Beaucage, 2018) ou de relance économique visant à sortir de la crise profonde mise en évidence par la pandémie de Covid-19 (Dressler, 2021).
Le colloque veut analyser de manière critique les dynamiques de l’extractivisme et rendre visibles les alternatives à ce modèle, comme celles liées à une cosmovision ou ontologie politique (Escobar, 2012) fondées sur des relations harmonieuses entre humains et non humains. Diverses voix critiques s’expriment en faveur d’une sortie de l’extractivisme (postextractivisme) et d’autres conceptions du vivre-ensemble, et promeuvent des stratégies locales et transnationales de résistance contre les projets extractifs (Magaña, 2020; Roca et Perdomo, 2020; Svampa, 2019).
Le colloque se propose de faire un retour sur la notion d’origine de l’extractivisme, depuis les travaux pionniers des Sud-Américains Gudynas (2009), Svampa (2013) et Acosta (2013), pour en explorer de nouveaux sens et usages, comme l’extractivisme ontologique et épistémique (Grosfoguel, 2016). Chagnon et al. (2022) considèrent l’extractivisme comme concept englobant pour comprendre les processus découlant de l’accumulation contemporaine du capital à l’échelle globale et qui organise la vie humaine et non humaine en la conditionnant. Dans ce sens, en s’inspirant des travaux de Preston (2017) sur les travailleurs migrants temporaires, de Morris (2019; 2020) sur les réfugiés et de Wichterich (2020) sur les travailleuses du soin, le colloque souhaite réfléchir à l’application du concept d’extractivisme à des processus impliquant des « ressources humaines ». À cette fin, le colloque propose de penser l’extractivisme non plus au singulier mais au pluriel (« les extractivismes ») afin de rendre possible une multitude de perspectives autour du concept.
Objectifs du colloque
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